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18 février 2018 7 18 /02 /février /2018 12:57

Lancé en fanfare à l'automne dernier, le dédoublement des classes de CP et de CE1 en REP (ex Zone d'éducation prioritaire) aurait pu être une bonne idée, même si des réserves importantes, que je vais décrire, pouvaient être émises.

 

Mais comme souvent, le manque de sérieux dans son application et la gestion calamiteuse de cette mesure va entraîner une catastrophe, ou plutôt va parachever une catastrophe entamée dans les années 90.

 

Parlons déjà des réserves. L'idée de faire un CP ou un CE1 à douze élèves n'est pas nouvelle. Cela avait été expérimenté sous Sarkozy, mais les résultats avaient été jugés insuffisants par certains syndicats et cela a donc été abandonné quand Hollande a été élu président. A la place, on a eu la funeste semaine de 4,5 jours dont les effets dévastateurs (fatigue des enfants, cout exorbitants pour les mairies, résultats en baisse) ont contribué également à ce que je vais exposer.

 

Les REP disposent de moyens supérieurs à la moyenne des autres écoles : effectifs moins important par classe, direction  de classe mieux déchargée (il est très important d'avoir un directeur qui puisse être à l'écoute de parents souvent méfiants vis à vis de l'école) et disposant souvent d'un enseignant supplémentaire (le dispositif Plus de Maitres que de Classes) qui n'est pas affecté à une classe mais qui, au contraire, peut prendre des groupes d'élèves dans toutes les autres classes afin de les faire travailler en plus petit comité.

Présence aussi d'une Ulis, classe spécialisée où au maximum 12 enfants en très très grande difficulté (par exemple, un enfant de 10 ans ne sachant toujours pas lire) sont avec une maîtresse spécialisée, elle même secondée par une personne adulte supplémentaires. 

Enfin, les écoles de REP ont très souvent également des remplaçants rattachés à leur école et qui, quand ils ne sont pas envoyés dans d'autres écoles afin de remplacer un enseignant absent, faire le même chose que les PMC.

 

Ces écoles ont donc des moyens plus importants ce qui apparait normal vu le taux de difficultés des élèves. Petit bémol tout de même : malgré ces moyens considérables, la réussite dans les REP n'a pas vraiment augmenté durant ces dernières années. Le problème ne vient donc pas que des moyens mais d'un ensemble vaste (parents défaillants et ne pouvant aider leur enfant, chômage, violence extra-scolaire...). Ajoutons qu'un enseignement de Rep gagne un peu plus qu'un enseignant non Rep, ce qui n'est pas scandaleux en soi (les conditions sont réellement plus compliqué), mais cela le devient quand l'école non Rep a les mêmes soucis que les écoles Rep.

 

Vous me direz que les écoles (ou plutôt les mairies) n'ont qu'à demander à être en REP. Le problème est que cela dépend du collège où les écoles envoient leurs futurs 6e. Et souvent, les collèges n'ont pas envie d'être en REP pour une question d'image. Pour vous donner un exemple précis , le collège dont dépend mon école est entouré d'écoles où les élèves ont un bon niveau social et de bons résultats. Par contre, mon école est composé pour un bon tiers d'enfants en très grande difficulté, en précarité même avec énormément de parents au chômage. Statistiquement, on est dans les clous pour être en REP. Mais juridiquement, on ne le sera pas car le collège ne le veut pas. A nous de nous débrouiller avec des élèves types REP mais sans les moyens REP. Mais bon, cela fait 10 ans que c'est comme cela et on fait avec.

 

Donc, des écoles qui ont déjà pas mal de moyens vont donc obtenir des CP et des CE1 dédoublés. Apprendre à lire à 12 enfants est évidemment bien plus simple qu'à 25. Idem pour les mathématiques. Mais pour le reste ? On peut faire du sport, du chant, des arts plastiques, des sciences (c'est très très light en CP) avec 20-24 gamins sans soucis.

 

Plutôt que de dédoubler, il faut mieux fallu mettre un enseignant supplémentaire sans classe dans les écoles. Il prenait la moitié  CP en lecture et en maths (en gros, une bonne moitié des 24 heures de classe) et était disponible pour le reste de l'école.

 

Mais depuis que ce dispositif de dédoublement a été mis en place, à la rentrée 2017, on a justement converti le système de maître supplémentaire pour les mettre sur les CP dédoublés. Exit donc l'aide pour les autres classes.

 

Et comme  cela ne suffit pas, on tape désormais dans les autres écoles. Parce que le ministère n'embauche pas, il re-déploie. Attention, il ne re-déploie pas les postes où, au hasard, les élus syndicaux ont des décharges (ils ne sont pas devant élèves mais s'occupent de leur syndicat. Un peu comme si tu obtenais une décharge parce que le club de foot où tu joues en amateur s'entraînent le mardi matin...) , mais il re-déploie les postes des autres écoles. 

 

Et là on touche au sublime : on ferme des postes dans les grosses écoles qui ne sont pas en REP en disant que des moyennes de 25-30 élèves, c'est largement jouable. Et tant pis si l'école en question pourrait être en REP mais ne l'est pas parce que les collèges ne veulent pas. J'appelle cela la double peine : il y a peu de moyen, mais on  enlève les maigres qui sont là.

 

Et on tape aussi dans les écoles rurales en fermant là aussi des classes. Les 4,5 jours avaient déjà une hécatombe car les maires des petites écoles ne pouvaient pas assumer le coût supplémentaires et ont donc regroupé, parfois forcés par les académies, avec les patelins d'à côté. Qu'importe le coût supplémentaire en matière de transport , il fallait rationaliser. Tant pis aussi pour les parents qui se sont installés à la campagne pour avoir une vie meilleure, plus saine. Quand à l'écologie dont on nous bassine toute la journée, il est vrai que mettre des enfants dans des bus 2 ou 4 fois par jour, c'est tellement mieux que des enfants qui vont à l'école à pied car elle est à deux pas de chez eux !

 

Avec cette nouvelle vague de CP et CE1 dédoublés, on arrive donc avec des écoles où ces deux classes ont 12 élèves, mais autour desquelles des petites écoles rurales se retrouvent avec des quadruples ou des quintuples niveaux (je l'ai fait pendant 11 ans ! Enrichissant mais vraiment pas facile) et des effectifs dépassant la trentaine. 

 

On me rétorquera que c'était ainsi au début du XXe siècle. Je rétorquerai que l'enseignement n'était pas le même ni les méthodes ni le fait que les parents ne faisaient pas la loi à l'école.

 

Au hasard, dans le Pas de Calais, ce sont 84 (!!) écoles rurales qui sont impactées par cette mesure. Dans les Vosges, département rural par excellence, une cinquantaine d'école. Et encore, avant la première réunion de répartition, cela dépassait la centaine.

 

Bref, vous comprendrez que d'une idée somme toute bonne, on arrive à une situation classique de "Déshabiller Paul pour habiller Jacques". Il est vrai qu'un enseignant coûte cher et que la réputation désastreuse que nous font certains fait que personne ne nous plaindra.

 

Après, posez-vous la question du coût d'un chômeur et dites vous que, plutôt que de gaspiller de l'argent dans des trucs inutiles, l'état devrait mettre le paquet sur l'éducation.

 

Mais cela c'est bon pour les campagnes électorales car, Macron l'avait bien dit "moi, président, on ne touchera pas aux classes de campagne". Mais ça c'était avant que les Français ne l'envoient à l'Elysée.

 

On casse l'école rurale depuis près de 20 ans. Cette "réforme" l'achèvera !

 

 

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