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3 novembre 2007 6 03 /11 /novembre /2007 10:14
rioufol5eb.jpgLa France est dépressive. Selon une étude du Centre d'analyse stratégique (CAS), publiée lundi, 71 % des sondés voient la mondialisation comme une menace (moyenne européenne : 47 %), 13 % pensent qu'ils pourraient devenir sans-abri (2 % pour les Allemands, 8 % pour les Britanniques), 76 % estiment que la vie de leurs enfants sera « plus difficile » que la leur (moyenne : 64 %). En 2004, les préfets notaient déjà : « Les Français ne croient plus en rien ». En juin 2006, 85 % jugeaient que leur pays allait dans « la mauvaise direction ». Une nation suicidaire serait l'étape ultime. Cette photographie irrite ceux qui croient y déceler la retouche des « déclinologues », accusés d'alimenter le catastrophisme. Il est exact que les sondés se reconnaissent paradoxalement plutôt bien lotis. Mais c'est l'âme qui est atteinte. La perception des faiblesses du modèle social et des lâchetés politiques font redouter l'avenir. Les gens se défient, révèle l'étude, de la justice, de la police, des syndicats, du Parlement. Auraient-ils tort ?

Ce pessimisme montre une lucidité propice au sursaut. Quand Nicolas Sarkozy se confronte physiquement, vendredi dernier, aux cheminots CGT en grève à Saint-Denis pour leur rappeler que la rue n'aura pas le dernier mot, il montre un courage propre à doper les démoralisés. Quand François Fillon donne raison, mardi, au « grand scepticisme » des Français à qui tout aura été promis, il fait comprendre que le gouvernement mesure le désenchantement de la société.
Mais ce mal-être a des effets contradictoires : une même radicalisation est en train de dresser une partie de la population contre l'autre. Le recours aux prises d'otages d'usagers de la SNCF et d'Air France a été vécu comme une provocation. L'annonce, mercredi, d'autres grèves reconductibles dès le 13 novembre risque d'élargir la fracture entre conservateurs (de gauche) et réformistes (de droite). Partout, l'irritation est dans l'air.

Pourtant, l'État s'égare. Le ramdam sur le « Grenelle de l'environnement », qui a consacré l'autorité de l'homme de télévision (Nicolas Hulot) sur le savant, est déjà oublié. La réforme de la Constitution passionne les initiés. La commission Attali (l'homme des nationalisations de 1982) découvre le libéralisme comme d'autres la Lune. Sarkozy, qui choisit ces jours de tensions pour faire augmenter son salaire de 140 %, doit d'abord répondre au mal français.

La perspicacité du peuple
Pour dater le divorce entre les citoyens et leurs représentants, le 29 mai 2005 s'impose : près de 55 % des votants disent non au référendum sur la Constitution européenne, défendue unanimement. Ce rejet n'est pas seulement celui d'électeurs excédés par Jacques Chirac. Il révèle la méconnaissance par les élites de la profondeur des liens unissant un peuple à sa nation. L'échec de la consultation a fait prendre conscience du malaise existentiel des Français. Aussi, le choix de Nicolas Sarkozy de se dispenser de les entendre sur le nouveau traité simplifié est-il porteur d'incompréhensions. D'autant que, si le terme de Constitution a disparu, le nouveau texte (256 pages) reste assez semblable au projet initial. Valéry Giscard d'Estaing, son rédacteur, l'a répété mardi : « Les propositions originelles du traité constitutionnel sont pratiquement inchangées. » En décentralisant le Conseil des ministres - tenu mercredi à Ajaccio - le chef de l'État applique une proximité attendue. Mais elle est contredite par son refus d'appeler les Français à trancher un problème pour lequel ils se sont passionnés. Un sondage CSA, lundi, montre que 61 % déclarent vouloir cette consultation, pour laquelle ils seraient prêts à voter oui à 68 %. Sarkozy ne doit pas redouter la perspicacité du peuple qui l'a choisi.

Embarrassant Kadhafi
Les Français craignent moins l'Europe que ses technocrates. En revanche, il n'est pas dit qu'ils comprennent le projet présidentiel de construire, à l'image de l'Union européenne, une union méditerranéenne dont on ne voit pas bien comment elle éviterait la libre circulation des personnes. Le président libyen Kadhafi, acteur de ce possible rapprochement, tient pour sa part ce discours (10 avril 2006, sur la chaîne al-Jezira) : « Tout le monde doit être musulman [...] Nous avons 50 millions de musulmans en Europe. Il y a des signes qu'Allah accordera la victoire de l'islam en Europe, sans épée, sans fusil, sans conquête [...] ». Reçu à l'Élysée en décembre, il a proposé ses services, mercredi, dans l'affaire des humanitaires français détenus au Tchad. Quand on sait avec quelle indifférence l'ancien leader terroriste a laissé torturer les infirmières bulgares emprisonnées sous de fausses accusations d'empoisonnement d'enfants, on peut douter de ses intentions. La France des droits de l'homme, qui compterait aussi inviter l'Ubu vénézuélien Hugo Chavez, devrait prendre garde à ses fréquentations.
En attendant, cette histoire embrouillée mettant en scène des membres de l'association L'Arche de Zoé, légitimement sensibilisés au drame du Darfour, illustre une indifférence des âmes généreuses pour les déracinements. Ce ministre tchadien a raison quand il dit, parlant de la tentative d'expatriation de 103 enfants que l'organisation croyait menacés : « C'est très grave. On allait leur faire changer de culture, de religion, de famille, de tout. S'ils veulent vraiment aider, ils n'ont pas besoin d'emmener les enfants. »

La sincérité de FO
Hier, sur RTL : Jean-Claude Mailly (FO) se dit « surpris » d'apprendre - secret de Polichinelle - que des syndicalistes auraient accepté en douce de l'argent du patronat de la métallurgie (UIMM). Sa sincérité sonnait faux : à suivre.

(Page originale sur Le Figaro.fr)
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commentaires

D
Royal Mensonge
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D
David , c'est lesquel des liens pour Gold31?Merci d'avanceD.J
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D
J'y vais régulièrement et son site est dans mes liens favoris sur la page de gauche.<br /> <br /> C'est une mine d'info pour la politique française
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M
Davis, défendons ensemble la démocratieRendez-vous sur le site de Gold31
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