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23 novembre 2007 5 23 /11 /novembre /2007 19:54
rioufol5eb.jpgLe bloc-notes d’Ivan Rioufol du 23 novembre 2007.

Une France en morceaux se dévoile. Alors que 53 % des citoyens ont choisi la réforme en élisant Nicolas Sarkozy, les corporatismes menés par Olivier Besancenot (4 % des suffrages) ébranlent la cohésion nationale en éreintant les usagers des transports. Et alors que cette même majorité a aussi voté pour une défense de l’identité française, La Marseillaise a été sifflée dans l’indifférence générale, vendredi au Stade de France, lors du match France-Maroc. Se résoudre à subir la montée en puissance des minorités ?

Le comportement insurrectionnel de l’extrême gauche, qui a été jusqu’à saboter mercredi des voies ferrées, s’ajoute à cet autre symptôme d’une fracture occultée : non seulement l’hymne national a été hué, mais le public français, portant les couleurs marocaines, n’a soutenu chez les Bleus que les footballeurs musulmans. «Je n’ai pas vu un seul maillot tricolore», a noté le joueur Patrice Evra. «On se demandait si on jouait à domicile», a dit le gardien de but, Mickaël Landreau.

Cet égoïsme catégoriel et ce différentialisme ethnico-religieux défient le pacte républicain. Pourtant, ce sont ces castes et ces communautés qui en appellent à la collectivité quand il s’agit de combler le déficit de leurs retraites ou de venir en aide à leurs conditions de vie. Serait-ce trop demander aux preneurs d’otages et aux pourfendeurs de la France de respecter le «vivre ensemble» qu’ils savent réclamer quand ça les arrange ?

Prendre garde à l’exaspération des gens. L’omerta qui recouvre les phénomènes de séparatisme observables dans certaines cités ne tiendra pas indéfiniment. L’opinion a réprouvé, jour après jour, la brutalité des cheminots insensibles au calvaire supporté par une classe moyenne ne bénéficiant pas de leurs privilèges et n’ayant comme objectif que d’aller travailler coûte que coûte. La solidarité nationale atteint ses limites.

Corporatisme et communautarisme sont des régressions pour une nation «une et indivisible». La possible partition de la Belgique rappelle jusqu’où peut conduire un déficit du sentiment d’appartenance. En France, ces phénomènes ne se corrigeront que si la collectivité y résiste. Les sondés, qui à 69 % cette semaine invitaient le gouvernement à ne pas céder, ne se montrent heureusement pas disposés à accepter davantage la loi du plus petit nombre. Une bonne nouvelle.

Distances

Il est heureux également que les actions de sabotage destinées à immobiliser les TGV, mercredi, aient été condamnées unanimement, notamment par la CGT et le PCF. Mais la fuite en avant des irréductibles fait craindre d’autres débordements menés par les amis d’Olivier Besancenot. François Chérèque (CFDT) a dû, mardi, quitter sous les huées et en courant le cortège des grévistes manifestants. Pour sa part, le PS, affaibli par sa défaite et l’ouverture, n’est plus capable d’endiguer les jusqu’au-boutistes. Il applaudit mécaniquement dès qu’il entend le mot grève.

La gauche saura-t-elle néanmoins prendre ses distances avec ces mouvements dépourvus de culture démocratique ? On attend d’elle qu’elle s’en démarque franchement. La conversion récente de la CGT de Bernard Thibault au réalisme réformiste, déjà choisi par la CFDT de François Chérèque, peut faire espérer une évolution des mentalités et la perspective d’un dialogue social ouvert à d’autres méthodes que les affrontements. Seul l’isolement des minorités extrémistes saura les affaiblir.

De ce point de vue, la mobilisation de plus de 10 000 manifestants antigrève, dimanche à Paris, a confirmé l’irritation de ceux qui ne sont plus disposés à financer, outre les aides aux syndicats, les compléments de retraite des tyranneaux. C’est pourtant cette perspective qui semble se profiler, avec la présence de l’État lors des négociations entreprise par entreprise ouvertes mercredi. À terme, la retraite par répartition pourrait bien être remise en question, au profit d’une retraite par capitalisation.

L’esprit de réforme

À souligner : l’habilité du chef de l’État et du gouvernement, qui ont su tirer profit du soutien populaire jusqu’à rendre odieux des protestataires qui prétendaient naguère revendiquer au nom de l’ensemble des salariés. Même si des contreparties seront accordées aux titulaires des régimes spéciaux, l’esprit de réforme sort intact de l’assaut conservateur soutenu par une partie minoritaire des fonctionnaires. L’intérêt de ces derniers n’est sûrement pas de faire cause commune avec des cheminots à la réputation entachée.

La question du pouvoir d’achat, sur laquelle les syndicats tentent de se refaire une santé, est assurément plus justifiée et consensuelle. Mais il ne faudrait pas que la gauche oublie qu’elle est en grande partie responsable, à cause des 35 heures, de cette stagnation des conditions de vie. La faible croissance d’une société d’assistanat n’a fait qu’aggraver une situation qui va devoir supporter, en plus, le coût «gigantesque» (Laurence Parisot, Medef) de ces grèves. Les mesures qu’entend prendre le gouvernement pour relancer la consommation des Français ne pourront être que d’un effet limité. Le pouvoir d’achat ne se décrète pas. Il ne peut être que le fruit du travail et d’une économie de marché libérée du poids d’un État dont le premier ministre a avoué récemment qu’il était «en situation de faillite». Seule la poursuite des réformes, visant notamment à dynamiser les 2,7 millions d’entreprises, permettra aux Français de s’enrichir enfin.

Privatisations

Ces trains, métros et bus immobilisés sont le résultat de monopoles sur des transports. Les grévistes sont les meilleurs avocats des privatisations.
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commentaires

R
""" je ne m'imagine pas , à 60 ans, lancé à 200 à l'heure les yeux rivés sur une paire de rail..."Faut pas déconner à 60 ans, il y a longtemps qu'ils sont partis à la retraite!!!!trop fatigués pour faire plus à la SNCF, mais encore suffisament en forme pour travailler à l'étranger au profit d'une filiale de la SNCF ...qui, bizarrement se trouve dans un pardis fiscal : ile de Mann.... c'est une affaire qui a été soulevée il y a quelques mois et vite étouffée!!Alors STOP a la désinformation et à l'appitoiement sur ces pauvres êtres exploités!!
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D
La directive était simple : en fait, tous les ans, on a ce que l'on appelle le mouvement c'est à dire les postes à pourvoir à la rentrée de septembre soit à cause des départs en retraites soit parce que la personne s'en va.

Il y a 3 mouvements.

Le premier a lieu en mars/avril (cela dépend des années), c'est le plus important et c'est là que sont mis "sur le marché" tous les postes. Jusqu'en 2004, les sortants de l'IUFM (l'ancienne école normale) n'y avaient pas droit.

Le deuxième a lieu en juin : il concerne tous les postes qui n'ont pas trouvé preneur en mars. Le plus souvent il ne reste que les postes les plus complexes : Zep, direction d'école, quart temps x4, Cliss... Peu de chance d'y trouver un CE2 ou un CM1 en ville...

Jusqu'en 2004, les sortants IUFM n'avaient droit qu'à ces postes là. Donc, une personne inexpérimentée se trouve donc forcément sur un poste très dur à gérer.

DE 2004/2005 à 2006/2007, les sortants IUFM ont été prioritaires au premier mouvement, ce qui apparaît logique. Mais certains syndicats (Snudi-FO si mes souvenirs sont bons+ un autre plus minoritaire) se sont battus bec et ongles pour que ce décret soit supprimé. Il l'est depuis la rentrée dernière... Motif : ils ne trouvaient pas normal que quelqu'un qui a une partie de sa carrière puisse avoir moins de choix qu'un jeune. Pour info, dans les Vosges, il y a entre 60 et 90 sortants par an alors que plus de 600 postes sont proposés au mouvement. Mais sur ces 600, environ un cinquième de postes compliqués.

En clair, avec mes 10 ans d'ancienneté je peux aller me choisir une direction pépère tandis qu'un jeune sortant IUFM n'aura que des postes dans mon genre à choisir.

C'est pour moi une hérésie !!!
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J
Oui en général, ce ne sont pas les plus jeunes qui sont syndiqués! On voit bien que les vieux de SUD se réservent les bons petits postes!
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J
Il faudrait connaître les détails de cette directive . Il y avait sans doute des raisons à ce refus des syndicats ...Félicitations pour votre soeur et vous . Vous êtes sans doute les personnes indiquées pour enseigner dans les cités . Il suffit juste de ne pas trop faire apparaître vos idées néo-conservatrices ...
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D
J'ai enseigné en Zep durant ma formation puis lors de remplacements pendant 2 ans. Je n'ai jamais eu ce genre de problème car je sais m'imposer auprès des enfants d'une part en étant ferme et d'autre part en les respectant. J'ai pris une affectation à la campagne pour me rapprocher de mon domicile.

Ma soeur , prof de français, en Zep (sur St Martin D'hères) n'a pas de soucis non plus. Pourtant , nous sommes des modèles "petit format" .

Il est clair que celui qui y va contraint par son administration et la peur au ventre va au casse pipe.

Mais sachez, cher JDac qu'en 2006 , les syndicats ont fait abrogé une directive ministérielle qui permettait aux sortants IUFM de Lorraine de choisir leur première affectation avant les titulaires déjà en poste, ce qui faisait qu'ils évitaient tous les postes compliqués.

Résultat , de nouveau , ce sont les jeunes sans expérience qui sont de nouveau envoyés en Zep.
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