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10 décembre 2007 1 10 /12 /décembre /2007 16:21
rioufol5eb.jpgLes Français veulent se sortir de leur pétrin. Ils le prouvent à chaque occasion. Le récent mouvement social, qui bataillait pour conserver les régimes spéciaux, a dû se plier à l’opinion réformatrice qui est en train d’isoler également la contestation étudiante. Les dernières émeutes ont donné lieu, singulièrement sur Internet, à un flot de commentaires qui ont révélé, jusque dans leurs excès, l’urgence d’un débat sur la cohésion nationale. Quant à l’État providence, la vache sacrée est poussée dehors, sans remords. Oui, un sursaut se profile.

Cette fois, l’État n’augmentera ni le smic, ni les primes à l’emploi, ni ces autres cadeaux (baisse de la TVA, de la taxe sur l’essence) que suggérait le PS en ignorant la dèche publique. «Je ne suis pas le père Noël. Il n’y a pas d’argent dans les caisses», a rappelé l’autre jour Nicolas Sarkozy. Récemment, il avait reproché à François Fillon d’avoir parlé d’une «situation de faillite», qui annonçait la rigueur. Mais si le mot n’est pas dit, il est désormais appliqué. Personne ne hurle.

La remise en cause des 35 heures après accord entre partenaires sociaux ou par le rachat des RTT, annoncée par le chef de l’État, signe la désacralisation des congés et des loisirs. Même le travail le dimanche est approuvé à 50 %. Mardi, un sondage de Libération a montré qu’une majorité juge efficace la réhabilitation du travail dans l’amélioration du pouvoir d’achat. Un coup d’œil dans le rétroviseur montre le chemin parcouru : un pays sous cloche et pantouflard s’éloigne. Le premier ministre parle en libéral sans choquer quiconque, quand il affirme «vouloir libérer le travail» afin de relancer l’offre. La simplification du Code du travail, discutée à l’Assemblée, est censée aller dans ce sens. L’assistanat est en mal d’avocats. Qui dit regretter ce vieux monde ? Seul François Bayrou, mimant de Gaulle, croit utile d’entrer en «résistance», alors même que la nation se dégage enfin de ses pesanteurs idéologiques.

Une révolution des mentalités s’est installée, grâce à une habile pédagogie des réformes, plus symboliques qu’efficaces. En Espagne, le modernisme pousse le socialiste Zapatero à défendre cette semaine la suppression de l’impôt sur la fortune «afin d’intégrer le groupe de la majorité des pays européens». Les Français n’en sont pas là. Mais ils peuvent en entendre beaucoup. La droite sera-t-elle à la hauteur de leurs attentes ?

Refondation culturelle
Reste que la France a du mal à admettre son état. Ce n’est pas seulement sa fracture identitaire qui reste indicible, bien qu’elle crève les yeux du premier venu. C’est sa personnalité même qui s’estompe. La semaine dernière, l’hebdomadaire américain Time titrait sur «la mort de la culture française» en soulignant qu’elle avait perdu son statut de «superpuissance». L’insolence a fait rugir Maurice Druon dans Le Figaro. Il n’empêche : l’«exception culturelle française», cet héritage de Vichy, ne produit plus pour l’essentiel que des œuvres plates et prétentieuses, tandis que la littérature égotique ne franchit plus les frontières depuis longtemps. En France même, les intellectuels médiatiques sont devenus muets. Il est vrai que la plupart des salonnards n’ont pas vu venir ces temps complexes.

Le débat civilisé et constitutif de «l’esprit français» n’arrive plus à dépasser le stade des négations, des invectives, des injures. Cette carence dans l’analyse critique explique en partie le désastre qui accable l’école. Cette semaine, deux enquêtes internationales rappellent cette réalité. Selon le Programme international de recherche en lecture scolaire (PIRLS) du Boston College, les écoliers français lisent de moins en moins bien. Selon une enquête de l’OCDE, ils décrochent aussi en sciences et en mathématiques. C’est bien une part de la culture qui est, là aussi, laissée en friches, dans la crainte d’affronter les pédagogues.

Pour autant, ce serait une erreur de croire les Français insensibles à ces phénomènes d’arasement. D’autant qu’ils s’ajoutent à une créolisation de la langue dont même Fadela Amara, chargée de la politique de la Ville, se fait l’interprète complaisant. Nadine Morano, porte-parole de l’UMP, n’a pas tort quand elle lui reproche d’«utiliser des expressions comme “à donf” ou “je kiffe”», en faisant remarquer : «Dans un entretien d’embauche, on n’est pas pris.» Plus généralement, un désir d’exigence dans la transmission culturelle se devine à travers les enquêtes. Le terrain est propice à une refondation culturelle.

«Pas approprié»
Le sursaut attendu passe aussi par l’abandon des repentances unilatérales et par le refus de se soumettre davantage aux intimidations des fondamentalistes. De ce point de vue, Sarkozy a su rétablir un peu de fierté nationale, cette semaine en Algérie, en ne formulant pas les excuses exigées pour la colonisation, dont il a cependant admis l’injustice. Cependant, il s’est prêté à l’intoxication des islamistes en estimant : «Il n’y a rien de plus semblable à un antisémite qu’un islamophobe.» S’il y a du racisme à critiquer un juif pour son origine, il n’y en a aucun à critiquer l’islam comme dogme religieux ou système politique. Reconnaître le délit d’islamophobie, créé par les intégristes iraniens, revient à condamner au silence ces musulmans qui mettent en garde contre la pensée totalitaire de l’islam radical. En admettant que l’usage de ce terme n’était «pas approprié», François Hollande deviendrait-il vigilant ?

Hommage aux harkis
Si la nation doit des excuses, c’est aux harkis qu’elle a abandonnés. En rendant hommage, mercredi, à ces musulmans qui avaient choisi de défendre la France, le chef de l’État a réparé une véritable injustice. Un sursaut, là aussi.
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