Vendredi 18 septembre 2009 5 18 /09 /Sep /2009 06:28

C’est avec grand plaisir que je rédige la chronique de ce livre. Pas seulement parce qu’il se lit à vitesse grand V tellement il est passionnant. Pas seulement non plus parce qu’il est tellement documenté et tellement bourré de notes de bas de page qu’on a matière à en lire des dizaines d’autres, à s’intéresser à un tas d’affaires criminelles. Non, le plaisir que l’on ressent à dire du bien du livre d’une de ses connaissances est sans commune mesure, surtout quand la qualité rime alors avec amitié.

 

Justice mise en examen est un essai brillant de 180 pages, complétées par 80 autres pages d’annexes. Pas de photos, une mise en page simple, aucune fioriture, tout est au service de l’essai. Et quel essai !! Frédéric Valandré (auteur de France Intox, hélas épuisé) décortique la façon dont la justice est mise en pièce par les médias, les associations, le politiquement correct. À travers des affaires célèbres du XXe siècle (Seznec, Dominici, Villemin, Dils, Roman, Outreau…) ,mais aussi plus anciennes (le cas Lacenaire), l’auteur nous plonge dans un univers pas toujours reluisant, où tous les coups sont permis pour déstabiliser une institution, où l’on classe forcément les individus en deux catégories : les bons et les méchants. Ces derniers ne sont pas d’ailleurs forcément ceux que l’on penserait, lorsqu’on a une certaine idée de la vie. Et où l’on n’hésite pas à distordre la vérité pour arriver à ses fins, c’est-à-dire traîner la justice dans la boue avec toute la puissante médiatique dont on dispose.

 

Ici, Frédéric Valandré ne fait pas que montrer comment on fabrique de nouvelles affaires Dreyfus, le plus souvent instrumentalisées par une certaine gauche, il en démonte les mécanismes.

 

L’un des meilleurs exemples est l’affaire Luc Tangorre. Cet homme accusé de plusieurs viols a bénéficié d’une campagne de soutien incroyable qui a abouti à sa libération et à sa grâce. Or, Tangorre replongea rapidement dans ses travers et fut de nouveau impliqué dans deux nouveaux viols. Son comité de soutien du alors avouer qu’il avait fait une sacrée erreur.

 

L’une des approches du livre est de montrer que l’on retrouve toujours le même type de personne et les mêmes noms, les Gilles Perrault, les Lang, les Emmanuelli, les Desforges à savoir une belle brochette gauche caviar pour qui un juge est forcément un salaud, un juré est forcément une cohorte de réactionnaires. Bien entendu, si l’accusé a le bon goût d’être communiste, alors là, bingo !!

 

Les 180 pages s’inscrivent donc comme une dénonciation des travers des « anti-justices » : leur apologie d’une certaine violence, surtout si elle est dirigée contre la police (Mesrine), leur contestation de la chose jugée, la critique systématique de la justice, considérée comme un larbin à la botte des puissants, leur préférence pour les assassins de « gauche », tellement plus classes que ceux de droite... En fait, Justice Mise en Examen est la suite logique de France Intox, qui dénonçait déjà cet état de fait

 

Bien entendu, le livre ne fera pas que des heureux, d’autant que l’auteur n’hésite pas, par exemple, à trouver quelques circonstances atténuantes à Fabrice Burgaud, le magistrat qui a endossé le désastre d’Outreau (Frédéric Valandré ne fait que rappeler que Burgaud n’était pas le seul  à juger, que certains accusés étaient vraiment coupables, que certains acquittés avaient déjà eu affaire à la justice). Les gens persuadés que Seznec est innocent ou que la peine de mort est une abomination n’aimeront pas ce livre. Les fans de Mesrine non plus, pas plus que ceux qui considèrent la pédophile comme une pratique normale (hé oui, il y en a, comme le prouve l’annexe II).

 

Mais tous ceux qui estiment que la justice mérite un peu plus de considération, qu’elle ne fait pas qu’envoyer des innocents en prison, qu’elle n’est pas systématiquement à la solde des « riches »liront avec profit cette magistrale démonstration !! Frédéric Valandré dessoude la justice médiatique, celle qui se complaît dans le cliché. Il était temps que quelqu’un mette le holà à cette justice issue de la pensée unique de gauche.

(Justice : Mise en Examen est disponible aux éditions Underbahn pour 12 euros, port compris) 

Par Dave - Publié dans : Livres et chroniques - Communauté : BLOGS, en parler ...
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Commentaires

Sacré livre que vous nous décrivez. Je vais sans doute me laisser tenter. Et puis à ce prix !!!
Commentaire n°1 posté par Claude le 19/09/2009 à 06h54

Vous faites partie de ceux qui idéalisent le vrai fonctionnement de la justice à partir d'une approche trop manichéenne : il n'y a pas d'un côté les gentils juges et de l'autre côté les méchants gauchistes, l'approche de la vérité dans l'affaire Tangorre exige une ouverture d'esprit diamétralement opposée.

 

Récapitulatif de l’affaire :

 

 

Entre décembre 1979 et avril 1981, onze femmes portent plainte pour viol ou attentat à la pudeur dans les 8ième et 9ième  arrondissement de Marseille.

 

Le 12 avril 1981, à 23 h 30, un étudiant en éducation physique, Luc Tangorre, est arrêté : il ressemble au portrait robot de l’auteur des agressions. Au petit matin, il est confronté avec certaines des plaignantes. Reconnu une première fois par trois des plaignantes, il sera, au fil du temps, reconnu par quelques autres. Dès lors tout s’enchaine et, le 24 mai 1983, la cour d’assises des Bouches du Rhône le condamne à quinze années de réclusion criminelle.

 

Le viol est un crime abominable, mais Luc Tangorre est-il le coupable ? Tout de suite, sa famille, ses amis, ses voisins, disent que c’est impossible. Il a des alibis que l’on rejette sans même les examiner sérieusement, parce qu’ils émanent principalement de ses proches. Essayez donc à une heure du matin, de trouver un témoin qui ne soit pas l’un de vos proches ! Parmi les membres du comité qui se constitue à Marseille, une jeune femme, chercheuse au C.N.R.S, Gisèle Tichané. Lentement, patiemment, elle étudie le dossier, confronte les témoignages, se livre enfin à ce qui n’a pas été fait : une instruction systématique et scientifique.

 

La conclusion de son livre, intitulé « Coupable à tout prix », est formelle : Luc Tangorre est innocent ; contre lui, il n’existe pas une seule preuve. Gisèle Tichané met à plat toutes les pièces du dossier, démonte les mécanismes de ce qu’elle considère comme une abominable erreur judiciaire, et s’interroge sur l’étrange acharnement de la justice à faire de Luc Tangorre un coupable à tout prix. L’historien Pierre Vidal-Naquet lui apporte son soutien en lui trouvant un éditeur, puis en signant la post-face de ce plaidoyer. Nombre d’intellectuels s’engagent également à ses côtés pour signer une pétition selon laquelle « l’innocence de Luc Tangorre ne fait aucun doute ». Des journalistes emboitent leurs pas, les comités de soutien se multiplient, tandis que Jean-Denis Bredin dépose une demande de révision. Situation qui incite dans un premier temps le Garde des Sceaux, Robert Badinter, à introduire une « procédure dans l’intérêt de la loi et du condamné », puis, dans un second temps, le  chef de l’Etat, François Mitterrand, a examiner favorablement une demande de grâce  présidentielle : le 15 février 1988, Luc Tangorre, officieusement blanchi, retrouve sa liberté par décision ministérielle d’Albin Chalandon.

 

« Pas de liberté sans honneur » proclamera-t-il à qui veut l’entendre.

 

Cette attitude vindicative attise l’animosité de ceux, policiers, magistrats, proches de victimes, toujours persuadés, peut-être à tort, de sa culpabilité. C’est dans ce contexte passionnel qu’éclate, treize semaines après sa libération, la « seconde affaire Tangorre ».

 

Dimanche 22 mai 1988, 19 h 30 : deux ressortissantes américaines, Jennifer Mac Cluney et et Carole Ackerman, affirment avoir fait de l’auto- stop. En premier lieu à Paris, toute la nuit, à bord d’un bus de marins américains jusqu’à Marseille, en second lieu le matin jusqu’à la Seyne-sur-mer par l’intermédiaire d’un taxi. Sur le chemin du retour, un individu les aurait prises en charge à Marseille à bord d’une 4L verte à 19 h 10. La description de la tenue vestimentaire, du véhicule et des objets se trouvant dans la malle, correspondent, de façon saisissante, à Luc Tangorre. Il est notamment question du livre de Gisèle Tichané, précisément décrit, sans être toutefois nommément désigné.

 

Après avoir quitté la route dans la banlieue Est de Nîmes, le chauffeur entraînerait ses passagères dans un chemin de terre  qui interdirait toute fuite, parce que bordé, sur la gauche d’une haie d’arbuste et de ronces, de l’autre côté de pommiers dont les troncs interdiraient l’ouverture des portières droites. Là, il annoncerait ses intentions de viol, giflerait violemment Carole Ackerman pour stopper net ses cris, prétendrait posséder un couteau dans un sac et menacerait de mort les auto-stoppeuses. Celles-ci, sur son ordre, se dévêtiraient, et subiraient des viols répétés : rapports uniquement annaux en résumé des plaintes, puis également  vaginaux pour Jennifer Mac Cluney selon ses rectifications ultérieures. L’agresseur enlèverait son pantalon selon l’une, mais garderait son jean selon l’autre qui décrit un sexe qui dépasse seulement du pantalon. Le tout en passant sans cesse de l’avant à l’arrière du véhicule (pour les trois passagers selon le témoignage de l’une, pour deux d’entre eux seulement selon le témoignage de l’autre). Le chauffeur  libérerait ensuite les deux femmes après leur avoir offert un billet de 100 Francs « pour prendre un taxi ». Elles se seraient aussitôt échappées en courant  et auraient trouvé du premier coup, par le plus court chemin, l’unique passage (a priori aussi difficile à trouver qu’une aiguille dans une botte de foin) permettant d’accéder à la borne d’appel au secours situé sur l’autoroute d’où elles ont effectivement appelé la gendarmerie. Est-ce à 22 h 30 comme les gendarmes le soutiendront dans un premier temps, et comme cela sera maintenu dans l’arrêt de renvoi devant la cour d’assises ? Ou est-ce plutôt à 23 h 15 comme les gendarmes le soutiendront dans un second temps en  cours d’instruction au moyen d’un registre dont l’horaire est bizarrement raturé ?

Commentaire n°2 posté par diego le 06/11/2011 à 21h28

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