Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
2 mai 2007 3 02 /05 /mai /2007 01:15
Une note récente sur le blog Drzz (un commentaire en fait) disait que, en résumé, que quand le christianisme s'était éloigné de ses sources, il était devenu totalitaire. (Le christianisme est devenu totalitaire en s'éloignant de ses textes, l'islam en se rapprochant des siens. Preuve qu'il y a un vrai débat de fond à faire sur le Coran. http://leblogdrzz.over-blog.com/article-6399117-6.htm commentaire n° 30)

Je me permets de rebondir sur ce commentaire en invoquant Jean fiori, ce qui me permet d'en faire une chronique.

Fiori distingue dans l'histoire de l'Eglise chrétienne plusieurs périodes :

La première va, en gros de la mort de Jésus à 313, date de l'Edit de Milan. Interdite et persécutée, l'église chrétienne ne cherche pas à se défendre. Elle est foncièrement pacifiste, les Chrétiens refusent de servir dans l'armée romaine. De plus, la plupart des Chrétiens attendant la " fin des temps" , certains cherchent le martyr, mais un martyr qui passe par sa mort mais pas celles des autres.

Tout commence à changer avec Constantin. L'empereur, par l'édit de Milan, après sa victoire sur Maxence, autorise le christianisme dans l'Empire. La religion sort des catacombes et de la clandestinité. Elle se voit obligé de vivre dans la  "vie publique" . C'est la deuxième période qui démarre. Elle est libre mais se voit subordonnée à un "maître" . Après tout, Constantin n'impose-t-il pas le Credo à Nicée ? et n'interdit-il pas l'arianisme. Dès sa reconnaissance publique, le christianisme n'est plus tout à fait maître de son dogme.

Les Empereurs romains, à l'exception de Julien L'apostat vont de plus donner une part de plus en plus importante au christianisme qui va devenir religion d'Etat vers la fin du Ive siècle, sans toutefois abolir totalement le paganisme. Les Chrétiens obtenant de plus  en plus de responsabilités, ils doivent se poser la question du service militaire. Tu ne tueras point devient alors un exercice complexe. Va alors intervenir (je résume Fiori rapidement) une notion de guerre juste. On peut faire la guerre si le motif est juste. À partir de là, tous les excès sont possibles. Mais en cette fin d'Empire , les guerres sont surtout défensives : Rome est attaquée de toute part et ses dernières victoires comme celle contre Attila ne sont que des feux de pailles.

La chute de l'Empire va coïncider avec l'alliance des rois Francs avec l'Eglise, seule héritière réelle de Rome. Clovis se fait baptiser pour des raisons pratiques (obtenir une meilleure obéissance de ses sujets chrétiens) mais aussi pour bénéficier d'une sorte de protection divine. Charlemagne, qui dirige d'une main de fer son épiscopat, utilisera l'Eglise comme un outil au service de sa « propagande », de sa gestion (les missi dominici : un clerc, un laïc). La conversion forcée de la Saxe donnera lieu à des crimes inouïs (comme la décapitation de 4500 saxons). La religion est alors invoquée pour la conquête. Son fils, Louis le Pieux usera d'arguments plus pacifiques comme le baptême d'Hérold roi des Danois. Le but est toujours de dilater l'Empire Chrétien mais par la persuasion et non la violence.

Durant cette deuxième période, l'Eglise, soumise à la protection des rois francs mais aussi à leur influence, va donc devoir légitimer des actions violentes.

Suite au partage de Verdun, la féodalité va commencer à s'installer en France et les liens de pouvoirs centralisés vont s'étioler . La société devient violente , se replier sur elle même. Les invasions vikings et hongroises vont achever de décridibiliser les autorités centralisées et chaque féodal va alors s'ériger en maître dans son espace.

Commence alors une 3e période, qui va paradoxalement aboutir à des mouvements de paix religieuse en Europe mais également à l'idée de croisades.

Les différents conciles du Xe siècle imposent l'idée de Paix de Dieu (on ne doit pas attaquer les gens d'Eglise et les humbles) et de Trêve de Dieu (on ne se bat pas du vendredi au lundi). Ces mouvements sont très suivis par les seigneurs laïcs car la sentence (l'excommunication) est très lourde. L'Eglise entreprend également de "christianiser" le rite de l'adoubement du chevalier. La société civile et militaire devient donc de plus en plus chrétienne. Et la papauté devient une puissance temporelle et politique qui se veut indépendante des rois et des empereurs.

Mais dans le même temps, l'apparition de l'Islam a mis le christianisme en face d'un nouveau monothéisme qui, dès sa création, prêche le jihad. La perte de l'Espagne, de l'Afrique Chrétienne et d'une partie de l'Empire Byzantin, y compris la ville de Jérusalem va entraîner des réactions parfois violentes contre le christianisme (crise des images à Constantinople) mais surtout une volonté de reprendre ce qui fut jadis chrétien.

Se développe tout au long du XIe siècle l'idée de croisade (même si le mot n'a jamais été prononcé à l'époque), en Espagne tout d'abord (où l'on parle de Reconquista) puis, après la prise de Jérusalem par les Turcs en Terre Sainte.

On sait que le patriarche de Jérusalem alerta lui même le Pape sur cette prise : les Seljoukides se montrant nettement moins tolérants que les anciens maîtres de la ville. L'Empereur de Constantinople, Alexis Commène, demanda également de l'aide à l'Occident. Sensible à cette idée, Urbain II, le grand pape de la fin du XIe siècle , prêcha alors la croisade . Et se developpa en filligranne cette notion fort éloignée des origines de la religion : tuer un infidèle n'est pas un crime. Mourir en défendant la croix ouvre les portes du paradis. Ainsi se créeront ces ordres forcément paradoxales de religieux militaires comme les Templiers !!

Il aura donc fallu près de 1000 ans pour que le christianisme devienne une religion guerrière. Fiori le démontre aisément , dans un style clair et facile à lire, mais non dépourvu d'une abondance de détails, d'informations. Comme dans ses autres livres, il mise sur la pédagogie afin de faire passer son idée.

Mais le titre comporte également le mot Jihad. Là aussi, Fiori démontre aisément que, contrairement au Christianisme, l'Islam est , dès l'origine, une religion guerrière et expansioniste , que la notion de martyr de la foi est "inventée" durant la vie de Mahomet. Il n'a pas fallu 1000 ans à l'Islam pour être une religion guerrière mais moins de 10 ans.

N'en déplaise aux tenants du "tout se vaut", si la religion chrétienne a commis bien des excès lors du IIeme millénaire, y compris dans ses propres rangs (croisade contre les albigeois, guerres de religion, chasse aux sorcières, inquisition...) , elle a su faire son Mea Culpa et redevenir, comme le souhaitait Louis le Pieux, une religion pacifique qui ne s'impose que par la persuasion et le baptème.

L'Islam n'a pas encore fait cette révolution ..

Partager cet article
Repost0

commentaires

D
Je me demande ce que Sioux vient faire ici. Au cas, où elle ne le comprendrait pas , je tente, via le livre de Flori (et non Fiori, mille excuses) de montrer les différences entre deux grandes religions monothéistes : cela s'appelle élever le débat.

Si tu veux débattre, lis déjà ce bouquin et viens en discuter ensuite.
Répondre
L
Merci Sioux, un peu de bon sens sur un blog qui en a vraiment besoin.
Répondre
D
Effectivement, le lien ne marche pas. Je l'avais pourtant testé. Je le remettrai dans la journée.
Répondre
S
et je sens que c'est reparti, pour 50000 commentaires : genre oui mais les chretiens il son fait ça et pas les mulsulman, oui et pis les mulsulman y ont fait ça mais pas les chretiens. Et puis les mulsulman ils en ont une plus grosse que les chretiens, oui mais les chretiens ils les grelots gros comme des melons....Bref..Discours stériles en perspecitve.Une religion, une philosophie n'est rien, c'est ce que l'homme en fait qui est important.
Répondre
A
Merci de me prendre pour une andouille mais j'avais déjà tenté de cliquer et ça affichait déjà "error 404"!
Cordialement, :-)
Répondre