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27 septembre 2010 1 27 /09 /septembre /2010 07:04

Dans une Algérie qui sombre peu à peu dans l’islamisme et la guerre, un groupe de moines tentent de résister à la brutalité des évènements. Mais, malgré leur engagement au sein de la population, la tourmente va les emporter vers un destin tragique.

 

Cela fait bien longtemps qu’un film primé à Cannes (Le septième jour, peut être) n’avait mérité sa récompense. Car si Des hommes et des dieux a bouleversé la croisette, c’est sans doute à cause de son humanité, de son refus du voyeurisme et, à l’image des trappistes, de sa vision d’un monde qui bouge tout doucement et qui ne peut comprendre la folie qui s’empare de certains.

 

C’est tout d’abord un film lent et qui prend son temps. Point de montage au hachoir ou de placement de caméra délirant !! Ici, tout est tranquille, posé, calme. Les rares scènes violentes (le meurtre des Croates), si elles ne cachent rien de l’horreur de meurtres barbares et gratuits, ne sont en aucun cas des pics émotionnels ou des montées d’adrénaline. Elles ne sont là que pour brusquer le spectateur, à l’image des protagonistes de ce drame, qui se trouve plonger, lui aussi dans une situation démentielle.

 

C’est ensuite un film qui ne refuse pas de voir la vérité en face : la montée de l’islamisme, la brutalité de l’armée algérienne, le sentiment anti-colonialiste toujours présent, l’aveuglement même de Christian, le supérieur élu de la communauté, qui espère toujours en l’homme et qui, même promis à un destin atroce, ne regrettera pas ses actes et bien sûr le pourquoi d’un massacre inutile et injuste.

 

C’est enfin un film qui ne juge pas. Il aurait été facile de montrer des islamistes éructants, mais le réalisateur préfère montrer des hommes brutaux, fanatiques mais, hélas, tellement humains. Savent-ils d’ailleurs pourquoi ils tuent ? Sans doute, non. Mais pour eux, l’infidèle ne peut être que converti ou tué. Représentation rétrograde d’une vision de la religion passéiste et perverse !!

 

Mais surtout, Des hommes et des dieux est quasiment un documentaire : il montre une communauté hors du temps, des hommes qui ont donné leur vie à Dieu et aux autres, sans se soucier de la leur. Bien sûr, on les voit hésiter, avoir peur, craindre pour leur vie. Mais surtout on les voit aider la population, se mêler aux fêtes musulmanes, faire leur travail humanitaire. On les voit aussi dans leur vie de tous les jours, les différentes messes, le travail manuel, la joie de plaisir simple comme écouter Le lac de cygnes en buvant un peu de vin. Cet aspect en rebutera sans doute quelques-uns mais, savoir que des hommes et des femmes ont décidé de renoncer à une vie facile pour aider leur prochain a de quoi réconforter.

 

Des hommes et des Dieux est un film lucide. Il ne se voile pas la face, mais,   à l’image d’un Lambert Wilson transfiguré (on rappellera qu’il avait déjà magnifié l’Abbé Pierre dans Hiver 54), donne espoir à tous ceux qui pensent que l’enfer ne peut être que terrestre. Oui, l’enfer est sur Terre, mais les Saints du paradis vivent sans doute parmi nous. Nous ne les voyons pas, ils se font tuer par des fous qui  pervertissent la religion mais ils sont là. Et finalement, c’est sans doute cela le vrai message du film ! L’espoir que l’homme, malgré sa folie, malgré sa cruauté, sa méchanceté peut engendrer aussi de la bonté et de la beauté.

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