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17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 09:28

9782809802313.gifL’affaire du petit Grégory passionne depuis 25 ans la France entière et la Lorraine en particulier, même si la région se serait bien passée de cette publicité.

 

L’ouvrage que je vous propose d’analyser est le dernier d’une très longue liste qui a vu quasiment tous les protagonistes s’exprimer. Après les gendarmes (Les deux affaires Grégory), les policiers du SRPJ de Nancy (Le secret de la Vologne), les journalistes comme Laurence Delcourt (Le bûcher des innocents, qui a servi de base à la mini série de France télévisions), les parents, les magistrats, les avocats (L’affaire Grégory, par Paul Promt), c’est donc la veuve de Bernard Laroche, accusé dans un premier temps du meurtre de l’enfant puis relâché avant d’être abattu par Jean Marie Villemin qui s’exprime.

 

Marie-Ange Laroche ne croit pas à la culpabilité de son mari. Elle le dit tout au long de ces 200 et quelques pages, manifestement écrites avec l’aide d’un tiers non-cité. La structure du livre n’est pas chronologique mais plutôt thématique : elle aborde les circonstances du meurtre, préparé de longue date selon elle par Jean Marie Villemin, revient sur le début de l’enquête, repart sur sa vie après le drame, consacre un chapitre à sa sœur Muriel (la principale accusatrice de Bernard), à son fils, au corbeau… On le voit, une structure déroutante qui apporte quelques redites, mais qui rompt avec une monotone chronologie. Le style, très fleur bleue, est, lui,  souvent à la limite du ridicule.

 

Si elle estime que son mari est innocent, elle ne donne pas de coupable. Elle réserve sa charge aux gendarmes, coupables selon elle de s’être acharné sur son mari puis d’avoir encouragé Jean-Marie dans ses idées vengeresses. Elle accuse également, mais de manière moins brutale, le juge Lambert de ne pas avoir fait son travail, le journaliste Jean Ker, au courant des intentions de Jean-Marie, de ne pas avoir alerté la police. Elle s’en prend surtout, et c’est tout à fait logique, à Jean Marie Villemin qu’elle considère comme un assassin épargné par une justice bien clémente à ses yeux. Elle affirme aussi que Laurence Delcourt et le juge Simon auraient partagé plus qu’une estime réciproque.

 

Que penser d’un tel témoignage ? D’une part, Marie Ange Laroche est aveuglée par l’amour qu’elle porte à son mari et le ratage des deux liaisons qui suivront tardivement (son 2e mari ne supportera pas le procès de Villemain, la quittera et mettra fin à ses jours) ne fait que renforcer l’admiration qu’elle a pour Bernard. Mais d’autre part, elle balaie d’un revers de main tous les indices qui convergeaient vers son mari. Les témoins qui l’auraient vu le soir du drame ne sont, pour elle, que des menteurs. Même sa sœur n’est pas épargnée car, sous un vernis de plainte envers elle, on sent une haine rentrée pour celle qui aura été l’instrument de la mise en examen de Laroche. À aucun moment, elle ne sort de cette défense un peu stérile, voire puérile. Aucune preuve n’est avancée si ce n’est l’histoire de l’achat des bouteilles de vin le soir du meurtre, alibi qui s’est révélé fragile.

 

Il est clair que Marie Ange Laroche a vécu un enfer sur Terre, que ses enfants n’ont pas mérité le sort qui s’est acharné sur eux. Mais en réfutant toute accusation, en rejetant la faute uniquement sur les gendarmes et sur Villemin, elle ne fait pas vraiment avancer la vérité. Toute la complexité de l’affaire est là : si Villemin n’avait pas tué son cousin, la vérité aurait peut-être éclaté et l’on aurait pu savoir si, oui ou non, Laroche était coupable et avec quel complice.

 

Comme tous les Lorrains, j’ai, bien entendu, mon idée sur la question. Qu’il me soit permis de ne pas la livrer ici car elle ne repose que sur des choses subjectives, sur ce que j’ai entendu étant gamin, sur ce que j’ai lu sur l’affaire (et j’en ai lu pas mal, quasiment toutes les versions possibles). Mais une chose est certaine , le livre sur l’affaire Grégory reste à écrire. Un livre impartial, qui se baserait sur les faits et rien que les faits, un livre écrit par une personne qui n’aurait aucun lien avec l’affaire. Un travail d’historien donc, et non de journalistes ou de juges ou de victimes voire de Lorrains.

 

En attendant, la lecture de Les larmes oubliées de la Vologne permet de confronter un témoignage contradictoire : il ne changera pas votre vision de l’affaire, mais permettra de confirmer ou d’infirmer vos doutes. Ce n’est pas le moindre de ses mérites.

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commentaires

David 23/02/2010 15:54


Le principal problème est que, en supprimant Laroche, Villemin a lui même détruit la vérité qu'il croyait détenir.

C'est un peu comme le cas Treiber : depuis sa pendaison, on sait qu'on ne saura jamais la vérité, même si des preuves existent.

L'affaire Grégory est un fiasco à tous les niveaux : judiciaire, morale, vérité. 


kate 23/02/2010 15:45


Je n'ai pas lu le livre de Mme Laroche et comprend votre commentaire Dave , mais on peut supposer tellement de choses dans des cas comme celui-ci qui est particulièrement horrible ! Comme beaucoup
de gens , j'aurais tellement souhaité qu'enfin on sache la vérité  ,pour ce pauvre petit enfant ...


David 22/02/2010 21:50


Kate, il y a un tas de zones d'ombres dans cette "exécution" qui, de toutes façons, a été préméditée.

Par contre, je ne pense pas que les Villemin aient voulu cacher une quelconque vérité : ils étaient persuadés de la culpabilité de Laroche , sur lequel pesaient, et cela Marie Ange le passe sous
silence, plus que des présomptions (en sus du premier témoignage de Murielle). Les témoins, le portrait robot, la cassette retrouvée chez lui, la longue vue, les jalousies réelles... 

Par exemple, dans son livre, Marie Ange Laroche nie être allée voir les gendarmes au tout début de l'affaire pour les orienter vers un couple (les Jacquel, je crois - je cite de mémoire). Or, dans
le livre de Laurence Lacour, la journaliste reproduit les procès verbaux de Marie Ange, preuve qu'elle a bel et bien été voir les gendarmes.

Autre erreur, elle affirme que Jacky est né pendant la guerre et l'occupation. Or, Jacky a 31 ans en 84, il est donc né en 1953.

Le livre est truffé ainsi de raccourcis, d'erreurs, d'omissions. Je viens de passer plusieurs jours à le relire en le comparant à d'autres et ma conviction est faite : elle ment sur pas mal de
point.

L'intérêt de ce livre (écrit d'ailleurs en fait par un tiers) tient surtout dans le fait d'avoir un témoignage de l'autre côté. 


D.J 22/02/2010 19:37


Dans 15 jours, élection libre en Irak ( grâce à bush ) le point; sur mon blog.

http://leblogdjetliberte.blog.tdg.ch/archive/2010/02/22/la-difficile-mais-certaine-naissance-de-la-democratie-en-ira.html

D.J


kate 18/02/2010 20:33


Je comprend que Mme Marie-Ange Laroche écrive ce livre , et sa douleur ....Je ne comprend pas non plus que le meurtre de M.Bernard Laroche ,  prémédité par Mme Villemin n'ai pas été puni comme
il aurait du l'etre ,et il est à mes yeux étrange et  suspect,  je n'ai pas peur de l'écrire , de supprimer une personne qui aurait pu parler ,car enfin on risquait d'apprendre peut-etre
des informations plus tard, informations ensevelies à jamais par la mort ....Je suis maman de deux enfants  , je peux comprendre la douleur d'un tel drame ,mais je n'excuse pas Mme Villemin
d'avoir entravé le cours de la justice par ce meurtre , puisque c'est elle qui a acheté le fusil .Jai moi aussi mon idée sur la question ....