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11 janvier 2015 7 11 /01 /janvier /2015 23:15

Je suis, comme nombre de gens en France et sur la planète, absolument horrifié par ce qui s’est passé mercredi 7 janvier au siège de Charlie Hebdo, cela va de soi.
Je le suis d’autant plus que mon itinéraire a croisé celui de plusieurs de ceux qui sont morts. Nous étions en désaccord sur bien des sujets, mais j’appréciais leur impertinence et, je le dis, c’étaient des gens sans méchanceté, et à même de se montrer courageux lorsqu’il s’agissait de liberté individuelle.

Ce qui a été assassiné, c’est l’impertinence. C’est aussi le droit de se montrer irrévérencieux vis-à-vis d’une religion que je n’ai nul besoin de nommer ici.

Charb, Cabu, Wolinski, Tignous ont été tout aussi irrévérencieux vis-à-vis du Christianisme: qui peut imaginer qu’un Chrétien aurait songé à les tuer pour cela ?

Une seule religion stipule aujourd’hui encore que l’irrespect envers elle mérite le meurtre. Et une seule religion implique passage à l’acte en pareil cas. Une seule religion prône, dans ses textes sacrés, la guerre sainte.

A l’horreur que j’ai pu ressentir s’est ajouté, je dois le dire, une forme de nausée. Des journalistes qui ont montré de multiples fois qu’ils n’avaient que faire de la liberté de parole, qui appelaient, il y a quelques jours encore, à la censure contre Eric Zemmour, qui ont exclu Renaud Camus des cercles de la bien pensance, qui enferment la pensée en France dans le vase clos du « politiquement correct », et qui seraient restés silencieux et indifférents si les victimes avaient été au siège d’un journal conservateur, se sont présentés, d’un seul coup, comme les adeptes intransigeants d’une liberté de tout dire censée caractériser la France, « pays de liberté ». En réalité, la liberté de parole en France est restreinte et asphyxiée, et ces journalistes, ont, consciemment ou non, contribué à cette restriction et à cette asphyxie.

A la nausée, s’est ajouté chez moi un malaise qui est allé croissant. Les journalistes qui ont contribué à la restriction et à l’asphyxie susdite ont, à quelques exceptions près, continué à ne pas pratiquer la liberté de parole et à poursuivre la restriction et l’asphyxie. La quasi-totalité des dirigeants politiques, à commencer par François Hollande, leur ont emboîté le pas, et ont, quasiment tous, tenu un discours qui relève lui-même de la restriction et de l’asphyxie.

Dire explicitement que les assassinats ont été commis au nom de l’islam, parce que le nom de Mohamed a été « insulté » par les moqueries d’humoristes, et que l’islam tel qu’il est ne tolère pas ce qu’il considère comme relevant du blasphème était semble-t-il, trop dire.

Dire que les terroristes ont agi au nom d’Allah, qu’ils ont clamé haut et fort, et avaient des raisons de penser qu’ils se conduisaient ainsi en bons Musulmans, était aussi trop dire.

Pour bien enfoncer le clou, des dignitaires et intellectuels musulmans ont été invités à parler, et ont, bien sûr, dit les uns après les autres que l’islam n’était pas violent, que ceux qui avaient tué étaient extérieurs à l’islam, voire que ceux qui avaient tué voulaient « salir » l’islam.

Dalil Boubakeur, qui avait été l’un des premiers à s’en prendre à Charlie Hebdo lors de la publication des caricatures de Mohamed, s’est, dans ce cadre, taillé des habits neufs, et est devenu un défenseur de Charlie Hebdo. Des représentants de l’UOIF, branche française des Frères Musulmans, ont parlé sur le même ton que Boubakeur. Malek Chebel a évoqué pour la millième fois un « islam des Lumières » dont on chercherait presque en vain la trace dans la quasi-totalité du monde musulman aujourd’hui.

Tous ont laissé de côté le fait, pourtant très significatif, que lorsque les caricatures de Mohamed ont été publiées pour la première fois, des millions de gens dans tout le dar al-islam se sont levés pour vociférer et demander la mort des caricaturistes.

Nul n’a évoqué la situation présente de la liberté de parole, du pluralisme religieux et de la non violence dans la quasi-totalité des pays musulmans de la planète. Evoquer cela aurait contredit les propos tenus d’une manière si flagrante que le silence était, à l’évidence, préférable.

On a reparlé ici ou là d’un « islam de France » qui n’existe pas plus que l’islam du Luxembourg ou du Morbihan.

L’action terroriste et meurtrière contre Charlie Hebdo a été présentée comme une action criminelle, puis comme une action terroriste, à peu près jamais comme ce qu’elle a été : une action islamique djihadiste menée au nom de principes qui font l’objet de prescriptions coraniques validées par des centaines d’ulémas.

Elle a été fort peu rattachée à d’autres actions menées récemment aux cris d’Allahou Akbar, à Joué les Tours, à Dijon, au Mans, peut-être à Nantes. Elle a été extrêmement peu rapprochée des crimes islamiques djihadistes commis à Montauban et à Toulouse par Mohamed Merah, à Bruxelles par Medhi Nemmouche ou, ces dernières semaines dans d’autres pays, Canada ou Etats-Unis, Royaume-Uni ou Australie.

Quelques commentateurs ont évoqué une guerre contre le terrorisme et dit qu’il s’était agi, contre Charlie Hebdo, d’un acte de guerre : lorsque George W. Bush parlait, il y a huit ou dix ans, de guerre contre le terrorisme et de nécessité de voir le monde musulman se transformer en profondeur, il était traité de tous côtés de raciste, de fasciste et de crétin, y compris par des gens qui emploient présentement les mêmes mots que lui. Lorsque Binyamin Netanyahou, parlant lors de la guerre contre le Hamas, et après des attaques de synagogues à Paris et en région parisienne, avait dit que la guerre djihadiste contre Israël était en train de toucher la France, et que les djihadistes ne se limitaient pas à vouloir tuer des Juifs, ses propos étaient retombés dans un silence glaçant.

Les commentateurs qui ont parlé de guerre se sont faits un peu plus explicites avec la prise d’otage de Dammartin en Goële et la mort en « shahid », les armes à la main, face aux policiers, des assassins de Charlie Hebdo, et avec la prise d’otage au magasin Hyper Cacher de la Porte de Vincennes (où, hélas, trois otages semblent avoir trouvé la mort).

Ils n’ont pas été assez explicites.

Nous sommes en guerre, oui. Et ceux qui le disent devraient aller jusqu’au bout de leurs propos : nous sommes en guerre contre le terrorisme djihadiste. Nous ne sommes pas en guerre avec tous les Musulmans, cela va de soi.

Mais il n’empêche : le terrorisme djihadiste n’est pas extérieur à l’islam. Tous les Musulmans ne sont pas des terroristes djihadistes, : il faut répéter néanmoins que tous les terroristes djihadistes sont musulmans.

Il n’empêche aussi, et ce doit être dit : la guerre que nous a déclaré le terrorisme djihadiste est une guerre mondiale, et la France n’est que l’un des fronts de cette guerre.

Il n’empêche, enfin, et ce doit être dit aussi : la France est un pays particulièrement touché par cette guerre, et ce qui s’est passé à Charlie Hebdo est à même de se reproduire ailleurs. Walid Phares, un de mes amis américains, et l’un des meilleurs connaisseurs du djihadisme, me disait il y a quelques années que lorsque des assassinats d’écrivains et de journalistes commenceraient à survenir dans un pays occidental, ce serait un signal crucial montrant qu’un pas décisif dans l’escalade djihadiste se trouve franchi. Ce pas se trouve franchi.

D’autres pas seront franchis, tôt ou tard.

Les prisons françaises sont des lieux de recrutement de grande ampleur au service du djihadisme, des dizaines de mosquées et d’associations musulmanes en France sont aussi des lieux de recrutement. Des quartiers entiers de la périphérie des grandes villes sont devenues ce qu’un chercheur il y a quelques années a appelé les « banlieues de l’islam », et ce qui y règne est la loi des bandes et celle d’imams pas toujours aussi modérés que l’imam Chalghoumi, un homme hautement respectable, mais que nombres de Musulmans en France voient comme un traître, et qui vit sous la menace.

Ce que les auteurs d’un livre ont appelé il y a quelques années les « territoires perdus* » a pris de l’ampleur. L’antisémitisme islamique et la haine islamique envers l’Occident ont pris de l’ampleur aussi.

Des réseaux islamiques djihadistes dormants et à même de s’activer sont présents sur tout le territoire français, comme sur le territoire d’autres pays occidentaux, et des gens formés au Yemen, en Syrie, dans le Sahel sont de retour en France, et prêts à agir. Des caches d’armes prêtes à l’utilisation existent, plus nombreuses qu’on ne le pense.

C’est en disant la vérité que le combat commence. Pour l’heure, personne ou presque n’ose dire la vérité en France : ni, pour la plupart, les journalistes, ni les dirigeants politiques. Ce qui montre plutôt que le combat est, peut-être, déjà perdu.

Des milliers de gens, entraînés par les grands médias, disaient ces derniers jours : « Nous sommes tous Charlie ». En s’imaginant défendre une liberté d’expression déjà moribonde et un pluralisme agonisant. Quelques jours encore, et ils oublieront. Ceux qui tissent leur toile, eux, n’oublient pas leur but. Que diront ceux qui disaient « Nous sommes tous Charlie » lors des prochains meurtres et des prochaines prises d’otage ? J’aurais aimé les voir aussi massivement mobilisés après le massacre de l’école Ozar Hatorah de Toulouse ou celle du Musée Juif de Bruxelles.


Une manifestation d’ « union nationale » sera organisée dimanche pour défendre la « République » et ses « valeurs ». Elle aura lieu, puis on passera à autre chose, en oubliant que la République n’est désormais qu’un mot qui ne sert plus même d’écran à la réalité d’une société déchirée, rongée de l’intérieur, où, entre la dissémination de l’islam radical et du djihadisme chez les uns, et la peur (très fondée) de l’islam chez d’autres, il n’y a rien, sinon un ensemble de discours vides qui sonnent faux parce qu’ils relèvent de l’imposture.

Ce qui s’imposerait immédiatement, sans attendre, serait une déclaration solennelle disant explicitement à la population ce qui est la réalité. Il faudrait, pour cela un Churchill. Nous avons un Hollande. Nicolas Sarkozy a été plus présidentiel que Hollande, et il a parlé de « guerre contre la civilisation ». Mais il n’est pas au pouvoir.

C’est, en tous cas un fait.

Nous sommes en guerre contre le terrorisme djihadiste, et c’est une guerre mondiale, enclenchée voici plus d’une décennie.

Une guerre se gagne ou se perd : pour l’heure, nous ne sommes pas en train de gagner, et nous sommes, plutôt, en train de perdre.

Si, bien au delà de la France, le monde occidental ne se mobilise pas pour gagner la guerre, et ce à l’échelle planétaire, l’avenir s’annonce sombre.

Si, en France, des décisions plus fermes ne sont pas prises rapidement, l’avenir de la France se fera sombre plus vite encore que celui d’autres contrées de la planète.

Ivan Rioufol, pour qui j’ai beaucoup d’estime, a écrit ces derniers jours : « il est urgent que les esprits se réveillent enfin et cessent de se réfugier dans le confort de l’apaisement, du pacifisme et des bons sentiments ». Je ne saurais mieux dire. J’aimerais être certain que les esprits se réveilleront.

Jacques Tarnero, un autre homme pour qui j’ai beaucoup d’estime, a écrit, lui : « Inscrire le jihad dans la catégorie des crimes contre l’humanité constituerait déjà un fort coup de semonce contre tous ceux qui habillent leurs crimes du masque d’une différence culturelle ». Je partage cette idée. Le djihad est un crime contre l’humanité. Et c’est ce crime contre l’humanité qui s’est commis à Paris, à Montrouge et à Vincennes le 7, le 8 et le 9 janvier. C’est ce crime contre l’humanité qui se commet partout où le djihad frappe, à chaque fois qu’il frappe.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Guy Millière pour Dreuz.info.

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Published by Guy Millière - dans 4eme guerre mondiale
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commentaires

pacoya 12/01/2015 12:21


J'ai ressenti la même peine et douleur pour ces gens et ces familles brisées. Malheureusement, nous sommes en guerre depuis de nombreuses années. Une partie de l'opinion touchée directement
semble prendre conscience de la gravité de ce que cela implique. La classe politique et médiatique ne se montrent elles pas à la hauteur des enjeux. C'est à déplorer.

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