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1 octobre 2007 1 01 /10 /octobre /2007 06:38
fatale.jpgLa Femme Fatale, de Raphaëlle Bacque et Ariane Chemin n’est pas un pamphlet anti-Royal comme celui de Jospin. Ce n’est pas non plus une compte-rendu minute par minute de la désastreuse campagne présidentielle de la Madone des sondages. C’est bien plus simplement une analyse féminine d’un parcours féminin, celui d’une femme politique qui a voulu, en 2005, prendre sa revanche sur son compagnon, sur les machos du PS, sur les hommes en général.

C’est aussi le récit d’une ambition qui ne s’est embarrassée d’aucun scrupule, une plongée dans une personnalité qui, si elle apparaît plus complexe que ce qui a pu transpirer à la télévision, n’en est pas moins roublarde, retorde revancharde et exclusif.

La Femme Fatale n’est pas un récit linéaire. Les deux auteurs reviennent souvent en arrière pour expliquer tel ou tel aspect de la campagne. Le futur s’écrit toujours grâce aux racines du passé. Pour ne donner qu’un exemple, si le point départ de l’aventure Royal prend, selon les auteurs, dans la blessure du couple de 2005, amplifiée par une série de sondages très favorables, le livre repart régulièrement en 1993, en 1997, en 2002, en 2004…. En fait, on s’aperçoit rapidement que Royal n’a peut-être pas préparé l’élection comme Sarkozy mais qu’elle a minutieusement préparé sa candidature, profitant du travail de sape de François Hollande qui espérait bien saisir les fruits des victoires de 2004 aux Régionales et aux Européennes.

Si la campagne proprement dite n’est que finalement moins présente qu'espéré (d'autres livres s'en sont chargés), et que les passages décrits sont connus (le voyage en Chine, les gaffes sur le Québec, le congrès de Villepinte, le discours raté du 22 avril…), les préparatifs de la pré campagne sont nettement plus disséqués. On voit donc une femme qui, petit à petit, s’impose non pas au PS mais parmi les seconds couteaux du PS, les Dray, les Montebourg et cie… Elle va détacher non pas l’appareil du parti, dévoué aux éléphants, mais tous les frustrés socialistes, ceux qui espèrent depuis des années et qui ne veulent pas jouer la carte Hollande ou DSK.

Magistralement orchestré, cette pré-campagne est l’occasion pour Royal d’appliquer les recettes marketing les plus audacieuses. Elle mise tout sur Internet, contourne le parti, fait adhérer, sur conseil de Lang (qui pensait ramasser la mise) des milliers de français à 20 euros, qui seront bien utiles lors des primaires. Alors que Sarkozy met l’UMP à son service, Royal entend utiliser le PS à  sa convenance mais ne veut surtout pas y être associé.

Le livre ne fait pas l’impasse sur les qualités de Royal, mais n’oublie pas ses défauts, sa tendance à la mythomanie(à propos de ses soi-disants discours écrit pour Mitterrand, Attali estime que dans un système anglo-saxon, ses mensonges auraient été vite montés en épingle), son refus du pardon et surtout son impitoyable talent de tueuse. Malheur à celui qui a déçu, à celui qui a refusé de marcher dans ses clous. Journalistes, politiques, publicitaires, entourages… si on ne fait pas comme elle le décide, elle jette, elle oublie, elle brutalise. Mais comme je l’ai dit, nous ne sommes pas ici dans un réquisitoire. Le livre a, à mon sens, le constat de l’honnêteté. Il s’appuie sur des témoignages précis, des exemples concerts. Un parmi d’autres : en 88, elle vient mendier à Mitterrand une circonscription. Le vieux monarque refuse dans un premier temps puis se ravive et demande à ce qu’on lui trouve un point de chute. Ce sera dans les Deux-Sèvres. Exit donc Jean-Paul JEAN, le candidat Ps qui a déjà dépensé 50 000 Frs dans cette élection. Royal a même le toupet de lui dire : « J’imagine que c’est dur pour toi mais maintenant il faut gagner ». Premier d’une longue série de personnes qui devront se mettre, coûte que coûte à son service.

Le livre met également en relief son goût immodéré pour les médias … tant qu’ils vont dans son sens. Elle passe régulièrement à la télé : Lahaie d’honneur, Sacré Soirée, Panique sur le Seize… Sa phrase préférée quand elle est ministre « Qu’est ce qui intéresse les médias ? » Contrairement à ce qu’elle a voulu  nous faire croire, elle travaille cette élection depuis des années, elle y pense depuis 1995 !! Elle étale sa vie privée, accouche quasiment en direct, se sert de son fils pour sa campagne et surtout utilise ces déboires conjugaux pour se forger une ambition.

Il est clair que le grand perdant de cette élection est Hollande. Il a vu s’envoler sa femme, ses enfants, son parti, son rêve de présidentielle… Il se retrouve dans le rôle du pauvre gars qui rentre un jour chez lui pour s’apercevoir que maman est parti avec la voiture et les mouflets. Il est clair qu’il  n’a rien vu venir, même quand les signaux s’amplifient. Il a voulu jouer la carte Jospin, reprendre la main... Rien n’n’. Il a perdu et largement perdu.

Mais Femme Fatale donne également les clés de l’échec final. Sitôt les primaires terminées, tout s’affole. L’improvisation règne, le PS ne suit pas, les éléphants déçus d’être écartés et furieux du mépris de Royal (Sarkozy notera qu’après les primaires, elle n’a pas daigné les appeler) freinent des quatre fers… Et Royal s’entête, croit qu’une campagne se gagne à coup de bons mots, de prières (toute socialiste qu’elle est, elle est très croyante), de mains passées dans le dos… Quant au QG de campagne, un quasi-bunker, on s’affole, elle refuse de voir la vérité. Quand Eric Besson conteste le chiffrage, on le pousse au départ. Rien n’est préparé, les interviews sont annulées au gré des caprices de la diva, les demandes de rendez vous non-honorés s’accumulent sur le bureau de la candidate… Lors de la préparation du débat, on se moque de Sarkozy qui avale fiche sur fiche. Le 2 mai, les Français découvriront une Royal qui ne maîtrise aucun dossier car elle ne prépare rien. Les projets de lois sont improvisés, elle tente les alliances les plus contr… Bref, l’élection imperdable l’a été car elle n’a rien fait pour la gagner.

Le livre décrit donc une femme qui a cru qu’une élection se gagnait uniquement sur un minois, sur quelques mots. Elle n’a pas compris que dans l’autre camp, Sarkozy se préparait depuis au moins 5 ans.

Des nombreux livres écrits sur cette défaite, celui-ci est sans doute le moins dur. Il n’en reste pas moins indispensable tant l’analyse y est fine.
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22 juillet 2007 7 22 /07 /juillet /2007 09:30
En dévoilant la fin du 7eme volume de la saga Harry Potter, certains journalistes se comportent comme de véritables petits cons, des jaloux au talent incertain, des abrutis de première dont la seule vocation est d'emmerder le monde et de casser le rêve de millions de gens à travers la planète.

Seule solution pour éviter cela, lire le livre en anglais (j'ai commencé hier), ne plus ouvrir sa télé (pas de soucis car, à part Urgences le dimanche soir, elle ne fonctionne quasiment jamais chez moi), éviter les sites d'informations ... car , il n'y a pas à tortiller, le livre ne sortant en français que dans 3 mois, il est clair qu'on risque de tomber sur la fin , même par hasard !!

Ce genre d'attitude est à la fois irresponsable et stupide. Irresponsable car elle consiste à user de ses prérogatives, dont celle de pouvoir s'adresser à des milliers de gens via un média , pour sa satisfaction personnelle. Stupide car elle casse tout simplement un rêve, celui de JK Rowling qui , parti de rien , a réussi à monter un empire avec des mots, avec un livre. Pour la première fois depuis bien longtemps, les gamins s'enfilent des pavés de 800 pages et se piquent au jeu d'un suspens insoutenable.

A cela s'ajoutent des bloggers tellement fiers de leur petite personne qu'ils entendent eux aussi casser du Potter. Et que je te balance la fin, et que je te dis qui va mourir... Là aussi, on touche le fond de la jalousie. Si ces larves n'aiment pas Potter, qu'ils ne cassent pas le mythe en dévoilant la fin.

Les cyniques parlent de commerce, de manipulation, de gros sous....

Moi je parle de rêve, de lecture, d'espoir. Car au delà des films de cinéma, le succès d'Harry Potter a relancé les ventes et la lecture du Seigneur des anneaux, de La croisée des mondes, de Narnia , d'Eragon, des  Orphelins Baudelaire (dont le 13eme tome, La fin, clot en beauté toute une série d'aventures délirantes)... tout un pan de littérature dite jeunesse mais qui , en fait, apprend à tous que la plus belle des évasions réside dans les mots, dans l'imaginaire d'une phrase qui se fixe dans notre esprit.

Jalousie journalistique donc !! Stupidité de quelques écrivaillons auto-proclamés et frustrés, incapable de comprendre le sens du mot "Respect du public" !!
Gâcher le rêve de ce gamin, c'est cela à quoi s'emploient des journalistes et des bloggers sans scrupules!!
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30 juin 2007 6 30 /06 /juin /2007 23:18
Comme on ne vit pas que de la lecture de livres néo-conservateurs , d'ouvrages historiques sur les croisades ou les carolingiens, il est bon de se plonger , régulièrement, dans un bon  gros pavé qui vous emmène loin, très loin de ce monde.

A cet égard, Jonathan Strange et Mr Norrel de Susanna Clarke est un véritable chef d'oeuvre, un livre dont la qualité d'écriture, l'originalité, la poésie et la beauté de la trame et surtout l'atmosphère de merveilleux qui s'en dégage permet un souvenir qui reste longtemps après qu'on l'ait refermé.

Dans une Angleterre soumis au blocus de Napoléon, Mr Norell, un magicien décide de mettre son art au service de son pays. Mais il commence par faire renoncer les autres magiciens, qu'il juge indigne de cet art, à pratiquer la magie.

Il va ensuite se lancer dans une série de prodiges, faisant reculer le puissant Empereur et sauvant l'Angleterre d'un destin funeste.

Ce que le public anglais ignore, c'est que, pour arriver à ses fins, Mr Norrell a usé d'une magie bien peu pacifique pour faire revenir d'entre les morts la jeune épouse d'un membre influent du gouvernement. Et ce faisant, il a ouvert des portes qui seront bien difficile à refermer.

De plus, et malgré l'emprise qu'il voudrait total sur l'art magique, il va se laisser tenter à former un autre magicien, Jonathan Strange. Rapidement , l'élève va dépasser le maître, changer le cours de la guerre et devenir la nouvelle coqueluche de l'Angleterre. Mais petit à petit, Strange va vouloir s'émanciper de la tutelle de Norrell en s'inspirant de la magie du plus puissant d'entre eux, décédé depuis plusieurs siècles, le Roi Corbeau.

Voilà pour les très grandes lignes de cet énorme roman (840 pages qui se lisent d'une traite). Les surprises y sont encore plus nombreuses d'autant que Susanna Clarke a recours a un procédé peu utilisé de nos jour en littérature : le changement de point de vue et de héros en cours d'histoire. On passe donc de Norrel à Strange puis au Roi Corbeau avant de revenir à Norell.

Par certains virages à 180°, le roman se permet surtout de se relancer périodiquement et ne permet pas au lecteur de s'installer dans la routine, au contraire. Il oblige même celui qui lit à oublier la paresse que l'on sied délicieusement à la lecture des thrillers ou des romans à succès. Passer un paragraphe un peu trop vite, c'est s'exposer à laisser dans l'ombre un élément essentiel d'un developpement futur.

Remarquablement bien écrit, le texte ne fait pas dans la poudre aux yeux ou dans l'écriture high tech. Au contraire, on pourrait le penser sortir d'un ouvrages du XIXe siècle. La vulgarité en est totalement exclue et les dialogues font penser à ceux de Jane Eyre. L'emploi de certains termes (comme le mot "nègre" qui n'avait pas encore le sens péjoratif de maintenant en 1800) renforce encore cette impression de décalage temporel.

Mais où le livre enchante le plus, c'est dans sa façon de décrire la magie. Susanna Clarke n'explique rien mais fait de la magie un élément normal de la vie anglaise. Pourquoi alors donner une explication scientifique ? Explique-t-on dans un roman pourquoi le soleil se lève le matin ? Point de digression donc, pas de plongée dans des explications farfelues mais une impression de normalité dans l'anormal. La magie existe , Norrell et Strange font des prodiges, changent les villes de place, parcourent des routes invisibles , traversent des miroirs mais de manière naturelle. Mieux encore, l'auteur truffe son roman de notes de bas de page afin de prolonger encore l'histoire. On y apprendra, entre autres, que le Roi Corbeau a façonné l'Angleterre par magie, on y lit des extraits d'ouvrages de magie cités dans le corps du récit, on se régale de certaines légendes ayant trait à l'histoire de la magie anglaise.

Par la force de son histoire, et malgré le fait qu'elle soit un peu longue à se mettre en place, Jonathan Strange et Mr Norrell est un grand roman. Par la complexité de ses personnages, par son refus du manichéisme, par son rejet de notre modernité même, il en devient un des livres les plus rafraîchissants de ses dernières années et devrait s'imposer à terme comme un sommet de la fantasy .

Enfin, et sans doute parce que l'auteur est une femme, ce livre est à la fois un merveilleux roman d'amour d'une pureté incomparable et un regard lucide sur la condition des femmes de cette époque, souvent réduite à un bel accessoire mettant en valeur leur mari. Le destin de Lady Pole (je n'en dis pas plus) le montre de la manière la plus spectaculaire.

Mais au delà de cet aspect, c'est également un fabuleux regard sur l'Angleterre du début du XIXe siècle, sur une élite oisive mais instruite , farouchement attachée à son insularité. Clarke nous entraine dans un tourbillon où se mêlent la grande histoire (l'épopée napoléonienne vue par les anglais, forcément à notre désavantage , la guerre en Espagne , Waterloo) et la fiction la plus aboutie (la création de l'Angleterre par la magie). Sa description d'une Venise inquiétante, sombre est d'une grande puissance , permettant d'élargir le récit. Au final, le roman intrigue, étonne, fascine et laisse parfois perplexe, les situations surgissant le plus souvent de manière totalement inédite comme le destin de Stephen, un domestique  noir qui va devenir , bien malgré lui, l'allié d'un sinistre personnage qui tire dans l'ombre les ficelles du récit.

A consommer sans modération.
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19 mai 2007 6 19 /05 /mai /2007 05:35


C'est un document exceptionnel que le livre de David Frum car il permet de vivre de l'intérieur la première année de Georges Bush au pouvoir.

Frum est un rédacteur de discours. Embauché par la Maison Blanche , avec d'autres personnes venant de divers horizons, il a vécu de l'intérieur les débuts laborieux d'une présidence puis le choc du 11 septembre et enfin la transformation du Président.

Ecrit dans un style assez alerte (quoique sautant parfois du coq à l'ane), les 300 pages nous plongent à la fois dans l'intimité d'une présidence, ses rivalités (Karl Rowes et Karen Hughes), dans la construction des discours du président, dans la petite cuisine démocrate dès janvier 2002 et bien sûr dans la réaction de la Maison Blanche après le 11 septembre.

L'auteur est franc : il avoue qu'au départ, il n'a pas une énorme confiance dans le nouveau président mais que , petit à petit, il va découvrir un homme simple mais droit, juste et honnête : a right man !! Il cite par exemple le président :
"Je ne suis pas de ceux qui cherchent à plaire à tout le monde. Ce qu'il y a de bien, dans la démocratie, c'est que si les gens sont d'accord avec vos décisions, ils vous laissent continuer. Sinon, ils vous renvoient à Crawford" . Certains hommes (ou femmes) politiques français(es) devraient méditer ces lignes au lieu de beugler contre l'ouverture sarkozienne !!

Frum commence par dévoiler les coulisses de la passation de pouvoir et le changement radical entre les deux équipes : sous Clinton, c'était pizza sur les tables et joyeux bordel à la Maison Blanche. Avec Bush, on revient au sérieux, à l'austère. Fini les paillettes et les galipettes, place à la politique , la vraie.

Puis il passe à la première année de la présidence, dont il a écrit quelques discours important sur l'économie (dont le fameux Warning Lights).

Mais ce n'est qu'un mise en bouche : le 11 septembre, Frum est à la Maison Blanche et il vit de l'intérieur l'agression de l'Amérique. Il ne cache rien du sentiment d'improvisation des premières heures puis petit à petit de la prise en compre du désastre par le Président. On a souvent écrit qu'il grandissait au fur et à mesure dans ses habits de président : ici, on voit réellement cette transformation. Malgré quelques digressions un peu hasardeuses, on est au coeur de l'Histoire avec toujours en toile de fond , la construction des discours les plus audacieux d'un président depuis Roosevelt.

Frum n'hésite pas à dénoncer l'attitude irresponsable de certains démocrates qui, dès la fin 2001, ont commencé à envoyer d'inquiétants signaux à leurs ennemis. Là aussi, tout un pan de la politique américaine passée sous silence en Europe nous apparaît en pleine lumière. Comme quoi, on est remarquablement désinformé !!

A travers les chapitres suivants, on comprend mieux le soutien de Bush à Israël, son refus de traiter avec Arafat mais également son refus de désigner les musulmans comme des monstres : Bush est en guerre contre les islamistes, pas contre l'Islam !!

Le livre se termine par le retrait de l'auteur de la Maison Blanche, estimant son devoir accompli. Il se lache également contre les journalistes qui annoncent que Bush l'a viré, alors que c'est lui même qui a décidé de faire autre chose.

Et il conclut par sa définition de Bush, devant des journalistes effarés qui n'attendaient qu'une agression envers le président : C'est un homme juste, il a une vision du futur pour nos enfants, pour tous nos enfants !!

Un grand livre vraiment qui vous fera comprendre de l'intérieur ce qu'est The Right Man.
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2 mai 2007 3 02 /05 /mai /2007 01:15
Une note récente sur le blog Drzz (un commentaire en fait) disait que, en résumé, que quand le christianisme s'était éloigné de ses sources, il était devenu totalitaire. (Le christianisme est devenu totalitaire en s'éloignant de ses textes, l'islam en se rapprochant des siens. Preuve qu'il y a un vrai débat de fond à faire sur le Coran. http://leblogdrzz.over-blog.com/article-6399117-6.htm commentaire n° 30)

Je me permets de rebondir sur ce commentaire en invoquant Jean fiori, ce qui me permet d'en faire une chronique.

Fiori distingue dans l'histoire de l'Eglise chrétienne plusieurs périodes :

La première va, en gros de la mort de Jésus à 313, date de l'Edit de Milan. Interdite et persécutée, l'église chrétienne ne cherche pas à se défendre. Elle est foncièrement pacifiste, les Chrétiens refusent de servir dans l'armée romaine. De plus, la plupart des Chrétiens attendant la " fin des temps" , certains cherchent le martyr, mais un martyr qui passe par sa mort mais pas celles des autres.

Tout commence à changer avec Constantin. L'empereur, par l'édit de Milan, après sa victoire sur Maxence, autorise le christianisme dans l'Empire. La religion sort des catacombes et de la clandestinité. Elle se voit obligé de vivre dans la  "vie publique" . C'est la deuxième période qui démarre. Elle est libre mais se voit subordonnée à un "maître" . Après tout, Constantin n'impose-t-il pas le Credo à Nicée ? et n'interdit-il pas l'arianisme. Dès sa reconnaissance publique, le christianisme n'est plus tout à fait maître de son dogme.

Les Empereurs romains, à l'exception de Julien L'apostat vont de plus donner une part de plus en plus importante au christianisme qui va devenir religion d'Etat vers la fin du Ive siècle, sans toutefois abolir totalement le paganisme. Les Chrétiens obtenant de plus  en plus de responsabilités, ils doivent se poser la question du service militaire. Tu ne tueras point devient alors un exercice complexe. Va alors intervenir (je résume Fiori rapidement) une notion de guerre juste. On peut faire la guerre si le motif est juste. À partir de là, tous les excès sont possibles. Mais en cette fin d'Empire , les guerres sont surtout défensives : Rome est attaquée de toute part et ses dernières victoires comme celle contre Attila ne sont que des feux de pailles.

La chute de l'Empire va coïncider avec l'alliance des rois Francs avec l'Eglise, seule héritière réelle de Rome. Clovis se fait baptiser pour des raisons pratiques (obtenir une meilleure obéissance de ses sujets chrétiens) mais aussi pour bénéficier d'une sorte de protection divine. Charlemagne, qui dirige d'une main de fer son épiscopat, utilisera l'Eglise comme un outil au service de sa « propagande », de sa gestion (les missi dominici : un clerc, un laïc). La conversion forcée de la Saxe donnera lieu à des crimes inouïs (comme la décapitation de 4500 saxons). La religion est alors invoquée pour la conquête. Son fils, Louis le Pieux usera d'arguments plus pacifiques comme le baptême d'Hérold roi des Danois. Le but est toujours de dilater l'Empire Chrétien mais par la persuasion et non la violence.

Durant cette deuxième période, l'Eglise, soumise à la protection des rois francs mais aussi à leur influence, va donc devoir légitimer des actions violentes.

Suite au partage de Verdun, la féodalité va commencer à s'installer en France et les liens de pouvoirs centralisés vont s'étioler . La société devient violente , se replier sur elle même. Les invasions vikings et hongroises vont achever de décridibiliser les autorités centralisées et chaque féodal va alors s'ériger en maître dans son espace.

Commence alors une 3e période, qui va paradoxalement aboutir à des mouvements de paix religieuse en Europe mais également à l'idée de croisades.

Les différents conciles du Xe siècle imposent l'idée de Paix de Dieu (on ne doit pas attaquer les gens d'Eglise et les humbles) et de Trêve de Dieu (on ne se bat pas du vendredi au lundi). Ces mouvements sont très suivis par les seigneurs laïcs car la sentence (l'excommunication) est très lourde. L'Eglise entreprend également de "christianiser" le rite de l'adoubement du chevalier. La société civile et militaire devient donc de plus en plus chrétienne. Et la papauté devient une puissance temporelle et politique qui se veut indépendante des rois et des empereurs.

Mais dans le même temps, l'apparition de l'Islam a mis le christianisme en face d'un nouveau monothéisme qui, dès sa création, prêche le jihad. La perte de l'Espagne, de l'Afrique Chrétienne et d'une partie de l'Empire Byzantin, y compris la ville de Jérusalem va entraîner des réactions parfois violentes contre le christianisme (crise des images à Constantinople) mais surtout une volonté de reprendre ce qui fut jadis chrétien.

Se développe tout au long du XIe siècle l'idée de croisade (même si le mot n'a jamais été prononcé à l'époque), en Espagne tout d'abord (où l'on parle de Reconquista) puis, après la prise de Jérusalem par les Turcs en Terre Sainte.

On sait que le patriarche de Jérusalem alerta lui même le Pape sur cette prise : les Seljoukides se montrant nettement moins tolérants que les anciens maîtres de la ville. L'Empereur de Constantinople, Alexis Commène, demanda également de l'aide à l'Occident. Sensible à cette idée, Urbain II, le grand pape de la fin du XIe siècle , prêcha alors la croisade . Et se developpa en filligranne cette notion fort éloignée des origines de la religion : tuer un infidèle n'est pas un crime. Mourir en défendant la croix ouvre les portes du paradis. Ainsi se créeront ces ordres forcément paradoxales de religieux militaires comme les Templiers !!

Il aura donc fallu près de 1000 ans pour que le christianisme devienne une religion guerrière. Fiori le démontre aisément , dans un style clair et facile à lire, mais non dépourvu d'une abondance de détails, d'informations. Comme dans ses autres livres, il mise sur la pédagogie afin de faire passer son idée.

Mais le titre comporte également le mot Jihad. Là aussi, Fiori démontre aisément que, contrairement au Christianisme, l'Islam est , dès l'origine, une religion guerrière et expansioniste , que la notion de martyr de la foi est "inventée" durant la vie de Mahomet. Il n'a pas fallu 1000 ans à l'Islam pour être une religion guerrière mais moins de 10 ans.

N'en déplaise aux tenants du "tout se vaut", si la religion chrétienne a commis bien des excès lors du IIeme millénaire, y compris dans ses propres rangs (croisade contre les albigeois, guerres de religion, chasse aux sorcières, inquisition...) , elle a su faire son Mea Culpa et redevenir, comme le souhaitait Louis le Pieux, une religion pacifique qui ne s'impose que par la persuasion et le baptème.

L'Islam n'a pas encore fait cette révolution ..

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22 avril 2007 7 22 /04 /avril /2007 11:12
En ce jour d'élection , petite relâche au niveau politique . (de toutes façons, mon vote est fait. Et une voix de plus Nicolas. Ce n'est pas le candidat que j'espérais mais c'est le meilleur du lot, donc...)

Je vous propose donc la chronique de ce superbe bouquin :


René Grousset fut l’un des grands historiens « orientalistes » à savoir un homme qui ne se contentait pas des sources occidentales mais allait puiser aux sources arabes et musulmanes. Pourquoi ? Parce que Grousset fut aussi l’un des plus grands spécialistes des Croisades et son histoire des croisades en 3 volumes (rééditée chez Tempus l’an dernier) une véritable splendeur.

J’ai mis à profit ma semaine au pied du Mont Blanc pour lire l’un de ses ouvrages que je ne connaissais pas « L’épopée des croisades » qui est une sorte de condensé de son énorme pavé.

Digest mais pas au rabais. La langue est admirable (Grousset fit partie de l’Académie Française) et le texte d’une limpidité incroyable. Si vous avez toujours été rebuté par cette période, la lecture de L’épopée vous réconciliera avec.


Grousset distingue trois périodes dans les croisades : l’anarchie musulmane qui permit aux croisés de prendre pied en Terre Sainte, de conquérir Jérusalem et de créer les royaumes latins. C’est le temps du dynamisme, de l’audace, des coups de forces.

Puis une période d’équilibre où les forces en présence se regardent , se jaugent, s’affrontent parfois sans de basculement décisif mais où les Francs ne parviennent pas à voir le péril de l’unité de la Syrie et de l’Egypte. C’est le temps des occasions manquées.

Enfin, une période d’anarchie franque qui va de 1187 (bataille du Hattin) à la chute de St Jean d’Acre en 1291 : c’est le temps des erreurs, des dirigeants incompétents comme Guy de Lusignan. Mais c’est aussi l’époque de St Louis, de Richard Cœur de Lion et de Frédéric II : l’époque où les croisés tentent d’ultimes coups de poker, par la force, par la diplomatie, par la prise de l’Egypte mais échouent au final.

À l’inverse de la tendance moderne, Grousset prend parti tout en étant d’une honnêteté intellectuelle sans faille : il n’hésite pas à fustiger les attitudes imbéciles de certains croisés comme Renaud de Châtillon tout en louant la grandeur d’âme de Saladin (mais en n’occultant pas ses zones d’ombres). Le politiquement correct n’ayant pas cours dans le premier tiers du XXe siècle, Grousset ne cache pas non plus sa nostalgie du royaume de Jérusalem et exalte un certain sentiment patriotique bien venu en nos temps de désintéressement.

L’épopée des Croisades, c’est également une superbe galerie de portrait : Godefroy de Bouillon, le noble de basse Lorraine qui le premier entra dans Jérusalem, Baudouin IV, le roi lépreux qui par son courage exemplaire malgré la maladie fit l’admiration des chroniqueurs arabes, St Louis, le roi qui mourût de la croisade, Saladin qui oeuvra toute sa vie pour reprendre le territoire perdu mais dans le respect de ses adversaires… Et tout un aréopage de personnages plus ou moins oubliés désormais mais qui ont marqué l’histoire de la région : Balian, Jean de Brienne, Baudouin de Boulogne, Thibault de Champagne…

En 300 pages, René Grousset raconte une histoire passionnante, qui se lit comme un roman, avec ses héros, ses traîtres, ses retournements de situation, ses péripéties qui se règlent à la dernière minute. Représentant d’une histoire qui se lisait, L’épopée des croisades ne pourra qu’enchanter tous ceux qui estiment que la connaissance du passé est la clé de notre avenir.
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2 avril 2007 1 02 /04 /avril /2007 01:15
Guy Millière reste un régal pour le lecteur pressé. Ses livres sont autant de petits guides où l’on peut picorer, voir ouvrir au hasard , on y trouve toujours quelque chose. Dans Qui a peur de l’Islam, le célèbre néo-conservateur français livre ses réflexions sur l’Islam. Comme à son habitude, sa pensée est claire, limpide. Elle ne permet pas de perdre le lecteur dans des réflexions abscondes . Les détracteurs diront que l’on a affaire à une prose simpliste mais je leur rétorquerai que Millière s’adresse à tous et ne cherche pas à prêcher des convertis. Bien au contraire, adversaire de la langue de bois, il ose affirmer que l’Islam militant vit avec 14 siècles de retard, que l’islamisme est un danger mortel, que ceux qui se soumettent ont tort et hypothèquent notre avenir, que si tous les musulmans ne sont pas terroristes, tous les nazislamistes sont musulmans, que le Coran est un livre qui aurait sacrément besoin d’être dépoussiéré et réformé, que ceux qui l’appliquent sans réfléchir ont tort, sacrément tort et qu’en le faisant , ils condamnent le monde à l’obscurantisme.

Rédigé dans le plus pur style de ses chroniques (avec de petits chapitres où le « je » et les questions sont fréquemment utilisés), Qui a peur de l’Islam !! donne à penser que ceux qui en ont peur, ce sont bel et bien les islamistes. Oui, les islamistes qui refusent de voir leur religion évoluer et qui vomissent à la fois l’occident et le modernisme. Car l’auteur fait clairement le distingo entre religion privée et manipulation de textes religieux pour esprits belliqueux. Au passage , il rappelle quelques définitions que vous ne lirez pas dans le Figamonde (sauf chez Rioufol) : Dar el Islam, Jihad, Dar el Harb . . Il rappelle les origines guerrières de la religion tout en priant ceux qui en sont les tenants de la reformer,  d’abandonner la terreur. Mais il ne le fait pas comme un Dhimmi mais comme un appel à la dernière chance pour éviter un conflit destructeur. Car Millière ne mâche pas ses mots pour ceux qui se cachent derrière le Coran pour décapiter, massacrer, faire des attentats, former des martyrs tout en jouissant de tous les vices que l’âme humaine pour inventer. Islamophobe ? non . Nazislamistophobe ? Oui !! Trois fois oui.

Millière en profite pour faire l’éloge de la Turquie , expliquant que rejeter les musulmans à cause de l’Islam est une erreur. Les néoconservateurs américains le disent depuis des années, eux qui tentent d’implanter la démocratie au cœur même du Moyen Orient. Car , comme le rappelle Millière, c’est bel et bien la démocratie qui sauvera l’Islam de l’obscurantisme, et non le contraire.

Un livre franchement indispensable (oui, je sais, un de plus) pour tous ceux qui veulent autre chose que la pensée unique.
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31 mars 2007 6 31 /03 /mars /2007 06:44
Reprise d'un ouvrage anglo-saxon essentiel pour tous ceux qui veulent voir comment l'Europe s'enfonce dans la dhimmitude.

Il faut parfois se tourner vers la langue anglaise si l'on veut comprendre la France. While Europe slept a été écrit par Bruce Bawer, un journaliste américain vivant en Europe depuis 1997. Bawer est gay, ce qui est important pour la suite.

Son livre de 237 pages (+un index) se présente en 3 parties : Before 9/11, 9/11 and after, Europe's Weimar moment. Chacune de ces parties est subdivisées en chapitres plus ou moins longs. La présentation est austère, l'écriture abordable pour qui maîtrise bien l'anglais et le propos est plus qu'interessant , à plusieurs titres.

Premièrement, il donne le point de vue d'une personne extérieure à l'Europe , qui peut s'étonner de nos pratiques culturels. Ainsi, Bawer explique que pour un américain, le concept de politicien professionnel tel que nous le connaissons (ENA puis carrière politique exclusive) est incompréhensible. Aux USA, un homme politique n'aura pas fait que cela dans sa vie. C'est ce que nous appelons la société civile. Le livre est donc émaillé d'exemple de ce genre et peut expliquer, en partie , le fossé entre les USA et l'Europe.

Deuxièmement, il est écrit par quelqun qui déclame son amour pour l'Europe et qui pense qu'elle se fourvoie dans une mauvaise direction. Bawer a vécu en Hollande, au Danemark et en Norvège. Il connait bien également la Suède. Il a fait l'effort d'apprendre les langues de chacun des pays dans lequel il a vécu. Il est cultivé et connaît admirablement l'histoire de notre continent. Bref, ceux qui imaginent un livre écrit par un pithécanthrope inculte se trompent lourdement.

Troisièmement, son parcours explique une partie de sa déception. En tant que journaliste, il a écrit aux USA un livre sur les fondamentalistes et il est parti vivre en Europe afin de trouver une terre d'asile, estimant que les dits-fondamentalistes chrétiens ne lui permettaient pas de vivre sa vie comme il l'entendait. Bawer est gay et il espère donc une Europe plus tolérante vis à vis de son orientation. Or, si ses premières années lui confirment son choix, la montée de l'islamisme en Europe va lui apporter des pensées plus amères. Comme il l'écrit "aux USA, les fondamentalistes me déniaient le mariage, en Europe , les Islamistes veulent juste me lapider" !!

Le livre dresse donc à la fois un portrait de l'échec de l'intégration en Europe, une liste effrayante d'actes homophobes venant de communautés islamistes radicales , une description effarante de crimes d'honneurs, d'acte antisémite (il parle même de l'esclandre de Dieudonné chez Fogiel quand, déguisé en Rabbin , il finit son propos par un Heil Israël de très mauvais goût) et surtout la passivité des autorités européennes face à des communautés qui se radicalisent et qui obtiennent des abandons entiers de lois européennes .

Bawer analyse la réaction de ces communautés face au 11 septembre, face aux attentats de Madrid et de Londres. Il dénonce le double langage de ceux qui disent "Je condamne mais je comprends". Il met en lumière les travaux de Bat Ye'Or et les inscrit dans une dénégation des autorités que l'on croirait chanter "Tout va très bien, madame la marquise". Il se désole que les musulmans sincères et respectueux des lois ne se fassent pas plus entendre . On le sent désabusé, déçu par une Europe en qui il voyait une terre de liberté.

Du coup, il porte un regard nouveau sur l'Amérique et semble mieux comprendre la politique de son président.

While Europe slept est écrit de manière sobre, sans haine et doit être lu par tous ceux qui veulent vraiment comprendre la façon dont marche notre continent. Car Bruce Bawer ne lui promet , hélas, pas un destin des plus flamboyants , bien au contraire.

Le livre est édité par DoubleDay. Vous pouvez sans doute le trouver dans des librairies pratiquant l'importation de livres en langue anglaise.
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23 mars 2007 5 23 /03 /mars /2007 06:42
Reprise de la Chronique du livre d'Yves Roucaute, une magistrale ôde à la la liberté via l'histoire de l'Amérique.

Yves Roucaute nous invite à re-visiter l'histoire de notre société via l'opposition entre deux modèles : celui qu'il appelle le Leviathan et qui est représenté par nos Etats Centralisés, dont la première expression fut la France de Philippe le Bel et celui qu'il appelle Le vieil Homme , représenté par les USA.

Le philosophe ne cherche pas à adopter un langage simpliste, bien au contraire. Il tient pour acquis que celui qui a choisi de lire son livre possède au minimum une solide culture générale , de bonnes bases historiques et une assise philosophique qui tient la route. Ne possédant pas cette dernière, j'ai souvent du me plonger dans d'autres ouvrages pour bien comprendre certaines allusions. Roucaute ne voulant pas vulgariser son propos, il multiplie à la fois les exemples mais aussi les contre-exemples.

Certaines parties peuvent prêter à polémique : ainsi, le chapitre sur Napoléon ne pourra que laisser un goût amer chez les admirateurs du "petit caporal" . En le décrivant commme un totalitariste avant l'heure, Roucaute éclipse une partie de son oeuvre afin de plier l'Empire à sa théorie. Sa charge contre le centralisme d'état ne pouvait que se transformer en charge contre Bonaparte puisque ce dernier a été le champion de la transformation de notre pays en un Etat moderne centralisé. Mais Roucaute ne fait pas dans la mauvaise foi, au contraire, il pense sincèrement ce qu'il dit et , comme tout passionné, se laisse déborder par sa foi.

Une autre partie concerne les indiens. Effectivement, le propos du livre ouvre une autre perspective qui demanderait une recherche approfondie . Pour résumer, Roucaute estime que les USA ne se sont pas construits sur un ethno-génocide comme on a tendance à le penser en Europe. Il est vrai que l'absence d'écrits sérieux et impartiaux sur ce que l'on a appelé La conquête de l'ouest ne nous aident pas beaucoup. En fait, pas absence mais plutôt difficulté de trouver des sources ou des livres, à moins de fouiller les bibliothèques. Le sujet semble tellement entendu que personne ne semble vouloir le ré-examiner. (on se reportera à ma chronique sur Little Big Horn)

En opposant les Etats Centralisés et les USA, Roucaute oppose deux philosophies politiques. La première entend imposer ses choix à l'individu, la deuxième entend leur laisser le choix de leur choix. Le parallèle entre catholicisme et protestantisme en devient évident. Roucaute cite d'ailleurs souvent les lois "divines" : lutte contre le Mal, besoin de faire son salut.... Cela déplaira sans doute mais son propos est solidement argumenté.

La partie sur le XXeme siècle est la plus dense : logique , c'est celle que nous avons vécu, nous ou nos parents. Et là, aussi, Roucaute ne s'embarasse pas de démonter les clichés. Il n'hésite pas à appeler un chat un chat : le Mal prend donc le visage du nazisme puis du stalinisme et enfin de l'islamisme. Et à chaque fois, les USA se dressent contre ce Mal. Là aussi, cela ne plaira pas à tout le monde mais Roucaute n'écrit pas pour plaire ni pour se plier à un journalistiquement correct.
En définitif, un livre dense, que l'on ne lit pas pour se détendre mais pour comprendre notre monde via un regard autre.

Plus facile d'accès que Le néoconservatisme est un humanisme, La puissance de la liberté est un ouvrage indispensable (un de plus) pour tous les amoureux de Pithagoras et de la liberté.

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20 mars 2007 2 20 /03 /mars /2007 06:40
Je continue à mettre en ligne les chroniques de l'ancien blog. Voici donc une occasion de revoir le livre de Bat Ye'Or, Eurabia, livre dont le constat s'affirme , hélas, de plus en plus.

Voici un des livres les plus intéressants qu'il m'ait été de lire depuis longtemps. Intéressant de par son sujet à savoir la soumission des institutions européenne à une autre culture et cela sans la moindre concertation avec ses citoyens. Intéressant de par sa qualité d'écriture : fluide, concise , directe. Et surtout intéressant de par la polémique qu'il développe : l'Europe serait donc en train de se transformer en une Eurabia, une entité anti-israëlienne, antichrétienne et anti-américaine.

Bien évidemment ce livre ne pourra pas ne pas engendrer de polémiques violentes. J'en veux pour preuve les quelques remarques incendiaires faites à l'encontre de l'auteur sur ce blog. Partant du principe qu'il n'y a que la vérité qui dérange, il est clair que Bat YE'Or, égyptienne de naissance mais de nationalité britannique, ne fera pas vraiment l'unanimité parmi ceux qui professent que l'Islamisme n'est qu'une invention de l'occident. Mais sa thèse a non seulement les accents de la vérité (on peut en voir les conséquences en ouvrant quelques peu les yeux) mais surtout, à la différence de certains pamphlets anti-ce que vous voulez, elle indique clairement toutes ses sources en fin de chaque chapitre. Une pratique que l'on aimerait d'ailleurs générale, de nombreux livres ne font souvent que lancer une affirmation sans citer leurs sources, sans compter les sites qui "pillent" allègrement le travaux des autres sans les citer. Ici, point de cela : chaque chapitre (au demeurant bien structuré) renvoie aux livres cités, aux conférences citées, aux paroles dites. Un esprit curieux pourra donc vérifier les assertions de Bat Ye'Or, au prix d'un travail de recherche facilité par tous ces liens.

L'axe Euro-Arabe tranche également avec la production actuelle. Premièrement, il s'intéresse à une relation quelque peu souterraine. On peut sourire du titre mais à la lumière des explications et des preuves fournies par le livre, notamment dans le soutien sans faille de l'Europe au terrorisme palestinien (qui est ici désigné du fait des dirigeants du Hamas et des dérives d'Arafat, Eurabia n'est en aucun cas un livre anti-palestinien). Ainsi, les funérailles grandioses faites à Arafat en France ne peuvent que s'expliquer qu'à cause d'un aveuglement volontaire de Chirac face à une autorité palestienne corrompue (cette corruption qui a amené les palestiniens , désespérés, à se tourner vers le Hamas. Le fait que l'Europe souscrive à toutes les opinions des pays producteurs de pétrole comme l'anti-américanisme (inauguré en France, il est vrai, par De Gaulle dans les années 60) et la critique systématique d'Israël, montre que nous sommes entrés dans un partenariat inéquitable.

Eurabia ne critique pas ce rapprochement sous un angle de civilisation mais entend montrer qu'il n'est pas égal : l'Europe accepte de se ranger du côté des thèses des pays arabes en échange de l'ouverture de marché tout en acceptant de voir se développer sur son sol une culture d'origine qui n'a rien à voir avec l'occident. Bat Ye'Or en profite pour tailler en pièce le mythe de l'Andalousie ou l'attitude des Eglises qui , sous le couvert d'une recherche de concordance avec l'Islam (dont ce vieux démon antisémite qui taraude le catholicisme depuis le Moyen Age), tend à se soumettre .

Concernant le christianisme, il n'a que voir le refus de l'Europe de mettre les racines chrétiennes dans la constitution , les propos de Chirac de à propos des origines chrétiennes et musulmane de l'Europe (alors que l'Islam n'a été présent en Europe qu'à partir du VIIIeme siècle et sous la forme d'une conquête violente, refoulée au fur et à mesure de l'avancement de l'histoire). La thèse n'est donc pas si absurde que certains voudront le dire.

Eurabia ne convaincra que les convaincus. Mais il est intéressant pour ceux qui désirent en savoir plus sur les relations entre les deux rives de la Méditerranée de le lire. Pour se faire une opinion. Pour refuser le politiquement correct des médias (qui petit à petit, est en train de se briser, de plus en plus de journalistes refusant de donner dans l'angélisme). Et pour se demander si , oui ou non, on nous manipule depuis 30 ans.

Eurabia est à mettre en parallèle avec un très vieil ouvrage d'Henri Pirenne, appelé Mahomet et Charlemagne, écrit dans les années 30. Dans ce livre, l'historien belge estimait que c'est l'irruption de l'Islam au VIIeme siècle qui avait coupé la Méditerranée en deux, détruisant ainsi l'oeuvre de l'Empire Romain, continué ensuite par le christianisme qui embrasait les deux rives de la Mare Nostrum. En voulant recréer cette situation, l'Eurabia part sans doute d'intentions louables mais elle ne se fait qu'au dépend d'un seul partenaire. Qu'il nous soit permis de dire que nous ne sommes pas d'accord.
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