La droite a perdu. La gauche a gagné. Vue sans trop regarder les chiffres, l’équation est simple, la vérité aussi. La presse va donc pouvoir parler de vague, de crash, de claque... Après tout, elle n'est plus à une désinformation près.
Maintenant, si on analyse un peu plus froidement les résultats d’hier, on peut se rendre compte que la nuance est importante.
D’abord, il est inutile de parler de vote sanction. Sur 22 membres du gouvernement, 4 seulement ont été battus.
Au niveau de la participation, en 2007 Nicolas Sarkozy gagnait avec 53% de 81% des suffrages.
Hier la gauche a gagné avec 49% de 65% des suffrages. Le calcul est limpide, la gauche n’est pas majoritaire en France, mais les abstentionnistes lui ont donné un bon coup de main. Tant pis pour ceux qui pleurent ce matin et qui ne sont pas allés voter.
Dans presque toutes les villes où il y a une triangulaire UMP-PS-Modem ou deux candidats de droite comme Metz, Renne, St Etienne, Belfort, le candidat PS l’a emporté. M. Bayrou qui hier s’est (encore) dit victime d’un complot à Pau peut savourer sa vengeance : non seulement il vient de reprendre la place du FN dans le rôle du mistigri, mais en plus ses listes Modem ont fait perdre plusieurs grandes villes à la majorité. En jouant contre la bipolarisation, il la renforce en fait. Comprenne qui pourra.
Les élections sont restées locales, n’en déplaisent à Fabius ou Hollande !! Dans les villes où le maire sortant était apprécié, la réélection a été relativement acquise. Que cela soit à Paris , Avignon, Cannes, Lille, Montauban ou Nancy, les électeurs n’ont pas dû s’occuper des appels nationaux.
La déroute annoncée n’a pas eu lieu : Marseille reste à droite ainsi que Nice, Aix-en-Provence, Mulhouse (dirigée par un ministre d’ouverture) ou Nancy. À Toulouse, le PS l’emporte de justesse. Il n’y a qu’à Strasbourg où la maire sortante a été sèchement battue. On peut se demander pourquoi d’ailleurs. J’aimerais avoir des opinions strasbourgeoises.
La gauche a gagné. Elle est donc majoritaire dans les régions, les départements, les grandes communes. Quand on sait que le pouvoir d’achat a pris une claque également à cause des taxes locales, en forte hausse depuis 2004, on peut continuer à craindre pour notre porte-monnaie.
On sait aussi que certaines des prérogatives locales peuvent empêcher des lois nationales de fonctionner. Rappelons la menace de certains présidents de région en 2006 sur le CPE : aucune subvention pour les entreprises qui oseraient utiliser ce contrat de travail.
Une fois de plus, les Français ont cédé aux sirènes du vote protestataire, malgré le début d’action du gouvernement et la forte baisse du chômage. Les Français, sortes de gamins gâtés pourris n’ont toujours pas compris que pour redresser un pays aussi mal en point que la France, il fallait des années et non des mois, et que la cohabitation , fusse-t-elle territoriale n’est jamais une bonne chose.
Seule chose à espérer : que le gouvernement n’entende pas le mauvais message. Ce n’est pas parce que les Français sont incapables d’entendre la vérité, qu’il faut changer de politique. Les réformes doivent être accélérés, le nombre de fonctionnaires doit baisser de manière drastique, les budgets doivent revenir à l’équilibre, les entreprises doivent être de nouveau compétitives. Ce n’est qu’à ce prix-là qu’on s’en sortira, pas en confiant la gestion locale à des gens dont le seul mot d’ordre est dépense, dépense, dépense !!