Néocon ? Of course, man !!
Deuxième partie de l'interview de Guy Millière chez Drzz.
DRZZ : L’arrivée de Sarah Palin comme candidate à la vice-présidence a littéralement enthousiasmé les Républicains. Vous qui avez connu Ronald Reagan, pensez-vous comme certains conservateurs que Palin incarne le retour de l’esprit reaganien au sein du GOP ?
MILLIERE : L’esprit de Reagan continue de surplomber le discours républicain, et Reagan est toujours cité dans le camp républicain comme la référence suprême, à juste titre à mes yeux. L’ « esprit reaganien » n’a jamais disparu, et il n’a donc pas à faire son retour. Bush s’est réclamé de Reagan à de nombreuses reprises. John McCain n’a, lui-même cessé de le faire tout au long de sa campagne bien avant de choisir Sarah Palin. Les républicains avaient l’humeur sombre depuis 2005-2006 : la guerre en Irak ne se passait pas très bien et s’éternisait, le Congrès dépensait sans compter et Bush, totalement centré sur la nécessité de gagner la guerre, laissait faire. Après la victoire des démocrates aux élections de 2006, les républicains se préparaient à l’idée que le successeur de Bush serait un démocrate. Ils s’attendaient à Hillary Clinton. L’étoile d’Obama a ensuite commencé à monter, et l’ascension de celui-ci semblait irrépressible. Aucun candidat républicain ne faisait l’unanimité. John McCain suscitait des réticences chez nombre de conservateurs qui lui reprochaient d’être trop modéré sur certains dossiers, tels que l’environnement ou la recherche sur les cellules souches. Au cours des derniers mois, la situation en Irak a changé grâce à la stratégie mise en œuvre par le général Petraeus et préconisée depuis longtemps par McCain. McCain a tenu un discours aux tonalités très reaganiennes, ce qui a levé bien des réticences. Le choix de Sarah Palin est venu s’ajouter : non seulement les dernières réticences qui pouvaient subsister ont été levées, mais les républicains se sont dits que c’était un choix extraordinaire : une femme clairement conservatrice, issue de l’Amérique profonde, jeune et donc susceptible d’assurer l’avenir. Il y a Sarah Palin, mais il y a la stratégie de John McCain, et celle-ci a été, pour l’essentiel, remarquable. Les démocrates ont compris le danger dès la nomination de Sarah Palin, et c’est pour cela qu’ils ont mené contre elle une campagne de diffamation absolument féroce, voire dégradante. Cette campagne, pour le moment, s’est retournée contre eux. Et John McCain avait anticipé cela aussi.
si Obama devait être élu, cela ne signifierait pas qu’il serait Président. Obama n’est pas seulement inexpérimenté, il n’a aucune connaissance des dossiers, il change vite de position et semble ne pas avoir d’idées définies sur nombre de sujets importants : le pouvoir, dans une administration Obama serait exercé par des conseillers divers et des hommes d’influence.
DRZZ : Si vous spéculons : que seraient quatre ans de présidence McCain et quatre ans de présidence Obama ?
MILLIERE : C’est effectivement de la spéculation. Je ne rentrerai, pour cette raison, pas dans des détails trop précis. Une présidence Obama, ce serait aux Etats-Unis une impression de triomphe pour la gauche radicale, les pacifistes, les féministes, les écologistes, les syndicalistes. Ce serait, c’est la seule note positive, la fin des dirigeants noirs jouant sur les tensions raciales tels que Jesse Jackson ou Al Sharpton. Ce serait l’enthousiasme immédiat en Europe, dans le monde musulman, chez nombre de dictateurs. Ce serait ensuite une politique économique nuisible au dynamisme américain, et donc créatrice
de tensions sociales et de volontés protectionnistes qui auraient des répercussions sur la croissance mondiale et, en particulier, sur les économies européennes. Ce serait une instabilité accentuée dans divers points chauds de la planète, voire des actions de guerre de la part de la Russie, par exemple. Ce serait une période difficile et rude pour Israël, incontestablement. La situation dans un pays tel que le Pakistan, déjà très instable, pourrait devenir incontrôlable.
Une présidence McCain accentuerait les tensions au sein de la société américaine, dans un premier temps tout au moins. Elle susciterait la consternation en Europe, dans le monde musulman et chez nombre de dictateurs. Sur un plan économique, elle supposera une remise en ordre du système financier américain, le maintien des baisses d’impôts mises en place sous Bush, voire leur accentuation. La croissance américaine, en ces conditions, devrait repartir. Dans le domaine de la politique étrangère, McCain poursuivra la politique de fermeté mise en place sous Bush, voire l’accentuera. Un endiguement net de la Russie, de la Chine et de l’Iran sera une priorité. L’idée d’une ligue des démocraties sera avancée, et McCain fera tout pour qu’elle voie le jour. L’insistance américaine pour que la Géorgie et l’Ukraine entrent dans l’Otan se fera plus forte. Une présidence McCain serait infiniment meilleure pour la sécurité d’Israël, mais aussi pour la sécurité de l’Europe, ce que les Européens, en leur grande majorité, ne voient pas du tout. Elle serait meilleure, en outre, pour les économies européennes : ce que les Européens, en leur grande majorité, voient encore moins.
DRZZ : Finalement, le monde après Bush, est-ce le monde après les néoconservateurs ? Ici s’affrontent la vision de Norman Podhoretz et celle de Francis Fukuyama. Laquelle remporte votre adhésion ?
récentes que celui-ci a pu donner dans le Washington Post. Des gens continuent à espérer autre chose que de vivre dans une démocratie libérale. Jimmy Carter croyait déjà que l’histoire allait s’achever et que tout le monde était gentil : on sait ce qui s’est passé sous sa présidence. Bill Clinton a cru lui-même que l’histoire était achevée : Ben Laden en a profité pour former toute une génération de terroristes, dont ceux qui ont commis les attentats du 11 septembre, Israël a subi la vague d’assassinats aveugles la plus grave de son histoire.