Le nouveau président a décidé de faire une ouverture sur sa gauche, et cela malgré sa victoire nette et éclatante . On peut s'en irriter (c'est d'ailleurs ce que fait Patrick Devedjian) ou s'en réjouir.
Durant la campagne, Mr Sarkozy a toujours dit qu'il ne se limiterait pas à son propre camp. Si certains noms annoncés comme Hubert Védrine sont franchement étonnants voire énervants, d'autres comme Kouchner ou Allègre sont déjà nettement plus réjouissants. Aller au delà de ses frontières politiques en se basant sur la qualité des hommes et non leur appartenance à un clan est une qualité rare. C'est la preuve d'une ouverture d'esprit mais aussi une volonté de rompre avec le passé.
Hélas, tout le monde ne peut pas en dire autant. Ainsi ces quelques réactions :
Bertrand Delanoë : "On ne peut pas être de gauche et dans ce gouvernement (...) C'est une erreur de penser que ce gouvernement peut mener une politique économique et sociale de gauche"
Dominique Strauss-Kahn : "une trahison de soi-même", visant notamment Hubert Védrine et Bernard Kouchner. "Ce n'est pas obligatoirement la meilleure solution pour quelqu'un qui a été ministre de la gauche, de François Mitterrand, de Lionel Jospin de servir aujourd'hui une politique qui ne peut pas être la même (...) ou bien on a des convictions - et les deux personnes évoquées en ont - et c'est très difficile de dire qu'avec ces convictions là on va faire le contraire de ce qu'on a dit avant. Ou bien on faisait de la politique sans convictions, et ce serait un peu dérisoire, je ne crois pas que ce soit le cas"
Claude Bartolone : "les personnalités de gauche qui accepteraient d'entrer dans le gouvernement auraient à assumer les politiques sociales, les politiques économiques de la nouvelle majorité. S'ils acceptent, c'est qu'ils arrivent à gérer des contradictions et ont la colonne vertébrale très souple"
Jean-Christophe Cambadelis : "s'ils entrent au gouvernement, ils passent à droite. Une droite, qui, sous le masque de l'ouverture, reste dure. Ils auront à assumer une politique qu'ils ont eux-mêmes combattue".
Benoît Hamon : "l'entrée d'hommes de gauche au gouvernement porterait un sale coup au Parti socialiste. S'ils le font, cela les amènerait à quitter la gauche (...) l'objectif de Nicolas Sarkozy est simplement de réussir au débauchage d'un ancien ministre de gauche".
Comment interpréter ces réactions ? Jalousie ? Repli sur soi ? Refus de voir que la droite aussi peut pratiquer l'ouverture ? Je ne me rappelle pas avoir entendu des critiques en 88.
On peut se poser également la question suivante : Si Ségolène Royale avait été élue, aurait-elle été chercher des talents à gauche ? Et si elle l'avait fait , comment aurait réagi le microcosme ? Aurait-il trouvé là une preuve d'ouverture d'esprit ou bien, comme le font la plupart des médias , juste une idée cynique visant à assécher l'autre camp avant les législatives ?
L'ouverture de Nicolas Sarkozy me semble sincère , il veut désormais rassembler et aller au delà du clivage gauche droite. Par ses déclarations frileuses, certains leaders de la gauche montrent que pour eux, rien ne doit changer, pas même dans l'interêt du pays.