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27 juin 2007 3 27 /06 /juin /2007 08:59
Milliere Guy - mercredi 27 juin 2007

Le mot étant devenu une insulte en France ces dernières années, j’étais sûr que parler de néo-conservatisme pour désigner la période qui s’ouvre dans notre pays me serait reproché et me vaudrait du courrier. Je dois, comme je m’y attendais, répondre maintenant.

Le néo-conservatisme est né aux États-Unis, dans un contexte et une configuration bien particuliers, mais il n’est pas obligatoirement ou nécessairement un phénomène propre aux États-Unis. Il y est question, en effet, de valeurs et de vision du monde qu’on peut rejoindre partout, particulièrement au sein de ce qu’on nomme la civilisation occidentale.

Le néo-conservateur s’oppose au conservatisme tout court en ce qu’il n’est ni passéiste ni autoritaire. Il n’est pas xénophobe. Il n’est pas fermé. Il est partisan de ce que Karl Popper appelait la « société ouverte » et défend l’importance de ce que Friedrich Hayek appelait l’« ordre spontané ». Il défend la liberté d’entreprendre et de passer contrat, ainsi que l’ensemble des libertés individuelles. Il considère que tous les droits dignes de ce nom sont fondés sur les droits de propriété ou reconductibles à eux. Et cela en fait un « libéral classique » au sens que ce mot a outre-Atlantique. Il pense aussi qu’une société ouverte ne peut fonctionner durablement si on n’y maintient pas les valeurs fondamentales sans lesquelles l’ouverture et la liberté n’ont pas d’avenir. Il constate que la confiance, l’idée que certains principes sont placés en transcendance dans une société et y dessinent les différences entre le bien et le mal, sont cruciales pour le maintien de ces valeurs.

Il porte sur la politique, guidé là par Leo Strauss, un regard faisant qu’il considère que celle-ci, elle-même ne vaut que guidée par l’éthique. Il considère qu’en l’ère de la mondialisation, dans laquelle il s’insère sans hésitation et les yeux grands ouverts, les droits des êtres humains doivent se trouver respectés le plus largement possible. Il considère que le cynisme ou l’indifférence vis-à-vis de crimes contre l’humanité, de comportements criminels ou d’actes barbares sont fondamentalement inadmissibles, surtout s’il était possible d’agir pour s’y opposer. Il préfère laisser l’accommodement avec les dictatures et les totalitarismes aux cyniques de droite et de gauche, sachant que sur la petite planète sur laquelle nous sommes, ce genre d’accommodement a, en général, des conséquences lourdes pour celui qui y a cédé.

Éthique et politique

Le néo-conservatisme a inspiré l’équipe Reagan et s’y est retrouvé : dans la dérégulation généralisée, les baisses d’impôts, l’économie de l’offre, une politique étrangère fondée sur des principes et qui a amplement porté ses fruits. Le néo-conservatisme inspire l’équipe George W. Bush, du conservatisme compassionnel destiné à replacer ceux qui sont tombés dans le statut d’assistés sur le chemin de la droiture, de la discipline et du travail aux baisses d’impôts destinées à relancer la croissance, d’une réforme scolaire (« No child left behind ») à une politique étrangère visant à « rendre le monde plus sûr pour la liberté ».

Contrairement à ce que je peux lire ici ou là, le néo-conservatisme n’est pas mort du tout aux États-Unis, et, du « Weekly Standard » de Bill Kristol au « Frontpage » de mon ami David Horowitz, ou au Hudson Institute, il continue à mener le combat des idées de façon influente.
Ceux qui en France se retrouvent plus ou moins en lui pourraient avoir un passé marxiste ou maoïste au temps des illusions désormais perdues, comme André Glucksman ou Bernard Kouchner. Ils pourraient dire comme Irving Kristol, père de Bill, que les néo-conservateurs sont des idéalistes qui se sont heurtés à la réalité et discernent que, désormais, leurs idéaux ne peuvent s’accomplir que grâce au capitalisme et à la démocratie libérale.

Les valeurs de travail, d’éthique, de droiture en lesquelles les Français se sont reconnus récemment lors de l’élection de Nicolas Sarkozy et les valeurs exaltées par lui lors de sa prise de fonctions sont néo-conservatrices.
La façon dont Bernard Kouchner n’a cessé de placer l’éthique humaniste et les droits de l’homme avant les considérations politiques est elle aussi, fondamentalement, néo-conservatrice.
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commentaires

D
Pas forcément . Je connais personnellement quelqu'un qui n'a pas pu profiter de l'héritage de ses parents, composé de quelques biens immobiliers acquis après une vie de travail (et sans rente) faute de droits de successions elevés.

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J
Et c'est aussi parce que je suis en accord avec la méritocratie que je comprends tout à fait David quand il se plaint de ne pas être récompensé comme il se doit, dans l'Education nationale.
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J
Le travail? Quel travail?
Le travail à la chaîne?
Le travail d'un grand patron?
Le travail d'un acteur?
Le travail d'un fonctionnaire?
C'est bien vague, "le travail". Et j'en pense bien des choses, selon les situations, je ne suis pas sûr qu'un commentaire suffirait.
Pour avancer quelques idées, je n'ai rien contre la "méritocratie" sauf que ceux qui nous la vendent (je pense surtout à Sarkozy) ne vont pas dans son sens.
Un exemple: pour valoriser le travail, autant ne pas avantager les rentiers. Or, la baisse ou suppression des droits de succession va dans le sens contraire - me semble-t-il.
 
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$
Rapel:
Cher numero 7, cela ne nous dit TOUJOURS pas ce que tu penses sur le fait de travailler en France!

GlobalwarNing
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J
Quand on dit que lorsqu'on travaille, on est considéré comme une prostituée ou un bandit, la caricature me semble sauter aux yeux, non?Soit on opte pour la critique mesurée et argumentée, soit pour le ton pamphlétaire. Mais le ton pamphlétaire implique forcément de la caricature. Il faut alors l'assumer et ne pas affirmer benoitement que si, si, c'est la vérité nue et immuable...
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